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20.11.2013

Envoi n°134. Gilles Baudry "Je parle de la naissance des choses."


Je parle de la naissance des choses.

 

Il y a comme un rire léger

sur les cimes, un battement intime

entre l'aube et l'aurore

 

Tous les matins n'ont pas la main heureuse

mais aujourd'hui l'air est si pur

qu'il improvise.

 

Ma voix est pleine d'orchidées.

 

Un fleuve me parcourt

et je n'ai pas le temps

d'être mon paysage.

 

      Gilles Baudry in Thauma, Revue de philosophie et de poésie, L’Air, numéro 9, janvier 2012.

19:23 | Lien permanent | Françoise

13.11.2013

Envoi n°133. Monique Saint-Julia "Je vous écris..."

(...)

     Vous écrire est une fête qui demande un long tête-à-tête avec soi-même.

     Pour vous j'invente des mots, vous les récite, les métamorphose en pépinières de tendresse, mots à chérir, à cueillir, à soupeser, à triturer, à pêcher d'un épervier géant.

  Souvent je vous regarde longuement, vous prêtant mes élans, mes appels, mes turbulences.

     Votre regard vers moi me donne le meilleur de vous.

(…)

     J'aime vous écrire à différentes heures de la journée.

      La lumière me fascine.

     Ce matin le soleil est arrivé : à flots. Le calme de la campagne me donne des ouïes. Je suis un arbre, je danse, fais la roue dans le pré, effleure le murmure des étoiles filantes, la source recueillie dans ma main vous désaltérerait.

     Mes mots courent de vos lèvres à mes lèvres ; doigté de la harpe, rythme inventé à seule fin d'être votre unique voix.

     C'est l'heure du soir, les couleurs se défont.

     Enfermez-moi dans vos bras, c'est la plus tendre des douceurs.

(…)

   Je me plais à vous écrire. Un savoir-vivre d'automne rassemble les mots avec gourmandise. Le ciel est gris, des nuages laissent des bruyères sur les doigts, des ruches dans les arbres et de doux bégaiements sur la rivière. Couleur d'arrière-saison, les feuillages portent la robe rubis d'un grand cru.

    Sentez-vous dans la cuisine les odeurs des feuilles qui brûlent dans le jardin, mêlées à celles des poivrons ou du lapin dépecé ?

    En fin d'après-midi on suit avec dévotion les heures silencieuses. Le paradis à la campagne. On boit un filtre d'amour.

    Il pleut toujours. Je vous envoie un million de gouttes.

 

          Monique Saint-Julia Je vous écris.

       Les Citadelles. Revue de poésie. Numéro dix-sept. 2012.Philippe Démeron (Les Citadelles)          85 rue de Turbigo. 75003 Paris.

 

 

15:15 | Lien permanent | Françoise

06.11.2013

Envoi n°132. Pierre-Albert Jourdan "L'alliance."

              L'alliance.

 

Je viendrai mordillant une brindille de thym,

fleurs minuscules d'un ciel accouru – ô terre

en quelle nuit est né ce désir ?

Je viendrai pour rompre la monotonie,

faire éclater ce cri qu'il ne se perde pas

dans la longue fuite d'espace

quand se creusent et s’effacent les barrières...

 

Quand viendras-tu ? le chardon

est jeté au feu, la poussière

roule sous les portes.

 

O paysage la route me fait défaut !

Je t'ai rêvé trop démuni,

traînant ma faim de toi,

jouant de ce retour mais on ne guérit pas

de la blessure irréparable...

 

Un peu de vent qui frôle mon épaule

me lègue ton parfum.

 

 

Pierre-Albert JourdanVingt-quatre poèmesin Pierre-Albert Jourdan. Hommages, études etpoèmes. Thierry Bouchard, Imprimeur Éditeur. 1984.

 

 

 

 

18:13 | Lien permanent | Françoise