26.08.2015
Envoi n°216. Frédéric-Jacques Temple " Lettre à René Depestre"
Lettre à René Depestre*.
Ce soir à Nantes
où sont les archives de l’ébène, **
j’ai lu de tes poèmes
odeurs et feux de Jacmel*
dans la lumière mûre
du soleil créole
et le vent indigo.
Tes mots vibraient
comme les cordages des voiliers
croisant au large de mornes***
pistaches et femelles
cajolés par les pluies de l’été
dans l’ivresse des colibris
frémissant du sucre et de vanille.
Frédéric-Jacques Temple, extrait de Phares, balises et feux brefs, suivi de Périples, éditions Bruno Doucey, 2012 in Françoise Siri Le Panorama des Poètes, Enquête sur la poésie francophone du XXIe siècle. Lemieux éditeur, 2015.
*René Depestre est un poète et écrivain né le 29 août 1926 à Jacmel en Haïti.
** A Nantes se trouve le Mémorial de l’abolition de l’esclavage.
***« morne » : (nom masculin, mot créole, de l'espagnol morro, monticule) : Aux Antilles, toute hauteur de forme arrondie.
19:16 | Lien permanent | Françoise
19.08.2015
Envoi n°215. Frédéric Jacques Temple "Larzac".
Larzac
En mémoire de Paul Vigroux, peintre
Enfant, berger de mes troupeaux de rêves,
j’allais foulant la folle avoine
sur les ardents plateaux déserts
où règne la senteur enivrante des buis
entre les épineux soleils des cardabelles
dans le thrène du vent parmi les herbes rases
vigiles des reliques sans âge
au secret dans l’ombre ignorée
des dalles tumulaires.
J’allais à travers les cheveux d’ange
escorté de chardonnerets
éperdu
indifférent aux lendemains.
Frédéric Jacques Temple, extrait de Phares, balises et feux brefs, suivi de Périples, éditions Bruno Doucey, 2012
in Françoise Siri Le Panorama des Poètes, Enquête sur la poésie francophone du XXIe siècle. Lemieux éditeur, 2015.
22:51 | Lien permanent | Françoise
12.08.2015
Envoi n°214. Jean Malrieu "La route"
La route
Cette route prend une courbe
Qui m’atteint au cœur.
Elle a longé le petit bois
Empli de choses que j’ignore,
Demeure des vents, séjour de mes regards
Que j’ai jetés là,
Mais aucun ne m’est revenu.
Elle a sa pente naturelle et fuit.
C’est par là que sont venus
Les hôtes imprévus,
Où leur départ fut salué,
Magnifiquement vide et touchante
Comme l’offrande renouvelée
Que me fait la vie.
Jean Malrieu Le Château cathare in Libre comme une maison en flammes. Œuvre poétique 1935-1976. Edition établie et présentée par Pierre Dhainaut. Collection Amor Fati. Le Cherche Midi, 2004.
18:09 | Lien permanent | Françoise
