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28.02.2018

Envoi n°335 bis: Philippe Jaccottet "Le mot Joie".

*

(Prière des agonisants : bourdonnement

d’abeilles noires, comme pour aller recueillir

au plus profond de fleurs absentes

de quoi faire le miel dont nous n’avons jamais goûté.

*

Ainsi écoute-t-on la voix de ces moines

qui vivaient sur le toit du monde

au fond de temples pareils à des forts

dressés sur le passage de vents inconnus

dont leurs conques ramassent la violence.

 

Leur gong tonne

ou c’est un glacier qui se fend.

 

Eux-mêmes chantent de la voix la plus puissante

et la plus basse jamais entendue,

on croirait des bœufs ruminant leurs psaumes,

attelés à plusieurs pour labourer sans relâche

le champ coriace de l’éternité.

 

Erraient-ils, à tirer ainsi leur charrue à soc de glacier

de l’aube au soir ?

 

Leurs voix à la mesure des montagnes

les tenaient-elles en respect ?

 

On les écoute maintenant de loin,

nous les bègues à la voix brisée,

dispersés comme paille au moindre souffle.)

*

Philippe Jaccottet extraits de Le Mot joie, in Œuvres. Pages 725-726.  Préface de Fabio Pusterla. Edition établie par José-Flore Tappy, avec Hervé Ferrage, Doris Jakubec et Jean-Marc Sourdillon. Editions Gallimard. Bibliothèque de La Pléiade. 2014.

 

 

 

 

(…)

 

*

La lyre de cuivre des frênes

a longtemps brillé dans la neige.

 

Puis, quand on redescend

a la rencontre des nuages,

on entend bientôt la rivière

sous sa fourrure de brouillard.

 

Tais-toi : ce que tu allais dire

en couvrirait le bruit.

Ecoute seulement : l’huis s’est ouvert.

 

Philippe Jaccottet extraits de Le Mot joie, in Œuvres. Page 732.

 

15:48 | Lien permanent | Françoise

21.02.2018

Envoi n°335. Philippe Jaccottet "Le mot Joie".

 

(…)

Ainsi écoute-t-on la voix de ces moines

qui vivaient sur le toit du monde

au fond de temples pareils à des forts

dressés sur le passage de vents inconnus

dont leurs conques ramassent la violence.

 

Leur gong tonne

ou c’est un glacier qui se fend.

 

Eux-mêmes chantent de la voix la plus puissante

et la plus basse jamais entendue,

on croirait des bœufs ruminant leurs psaumes,

attelés à plusieurs pour labourer sans relâche

le champ coriace de l’éternité.

 

Erraient-ils, à tirer ainsi leur charrue à soc de glacier

de l’aube au soir ?

 

Leurs voix à la mesure des montagnes

les tenaient-elles en respect ?

 

On les écoute maintenant de loin,

nous les bègues à la voix brisée,

dispersés comme paille au moindre souffle.

(…)

 

Philippe Jaccottet Le Mot joie, extraits, in Œuvres. Texte établi, présenté et annoté par Hervé Ferrage. Editions Gallimard. Bibliothèque de La Pléiade. 2014.

16:03 | Lien permanent | Françoise

14.02.2018

Envoi n°334. Wang Wei & Lieou Tch’ang-k’ing : "Cent quatrains des T'ang".

 

« Clôture aux cerfs »

Dans la montagne déserte, l’on ne voit personne.

A peine parviennent quelques voix lointaines.

Le reflet du jour envahit le bois sombre,

Eclairant encore de la mousse dans l’ombre.

WANG Wei

 

Maison dans l’allée aux bambous

Seul, assis parmi les bambous solitaires,

Je joue du luth et siffle longuement.

Profonde est la forêt, personne ne m’entend,

Vient la lune blanche qui m’éclaire.

WANG Wei

 

Jouant du luth

Sur les sept cordes frissonnantes

J’entends, calme, le vent dans les sapins fraîchir.

C’est un morceau antique, de moi seul préféré,

La mode du jour ne le reprend plus guère.

LIEOU Tch’ang-k’ing

 

« CENT QUATRAINS DES T’ANG », traduits du chinois par LO TA-KANG, préface de Stanislas Fumet, avec dix reproductions de peinture du palais impérial de Pékin. A La Baconnière- NEUCHATEL.1947.

 

 

* Présence de la poésie japonaise dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°3 : « Haïku », préface d’Yves Bonnefoy ; envoi n°107 : Bashô « La Sente Étroite du Bout-du-Monde in Journaux de voyage » ; envoi n°143 : Saigyo « Poèmes de ma hutte de montagne » ; envois n°174 & 286 : « Haïku », présentés et transcrits par Philippe Jaccottet.

* Présence de la poésie chinoise : envois n°46 & n°194« Poèmes Chan » (l’école chinoise « chan »  est l’ancêtre de l’école japonaise « zen »), présentés et traduits par Jacques Pimpaneau ; envoi n°97 « Tsoui-hao in Poésies de l'époque des T’ang. » ; envois n°233 & 234 : Wang Wei « Quatrains des T’ang » ; envoi n°239 : Jia Dao, Li Po, traduit par François Cheng POESIE CHINOISE Calligraphies de Fabienne Verdier.

Références complètes sur : http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/

 

 

15:54 | Lien permanent | Françoise