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27.11.2019

Envoi n°412. Béatrice Marchal "La petite courait..."

Pour Chloé

La petite courait à droite à gauche

bras tendus vers les feuilles qui tombaient

chassées en rafales au vent d’automne.

Chaque fois échouaient ses efforts pour saisir

ce qu’elle poursuivait, repartant chaque fois

sans se décourager, plus vive plus joyeuse

dans un jeu sans fin, une danse inattendue

au milieu des joggers et du bruit des voitures

 

tandis que sur la pelouse de plus en plus

jaune, la lumière donnait raison

à cette insoucieuse ardeur dont les fruits

inattendus bannissent le regret.

 

Béatrice MARCHAL TOMBEAU DE LA MERE in Au pied de la cascade.

Editions L’herbe qui tremble. 2019.

 

22:41 | Lien permanent | Françoise

20.11.2019

Envoi n°411. Lorand GASPAR "il y avait encore ce bout de terre inculte..."

il y avait encore ce bout de terre inculte

où les choses poussaient selon leurs propres lois

herbes et arbres en désordre disons-nous

broussailles et sentes sans but crédible

 

la parole était à l’eau et à l’air

à une feuille au sommet de l’été

quand un souffle froisse l’air immobile –

 

un jour de grandes chenilles voraces

sont venues tracer de larges avenues

pour l’or caché dans le béton –

 

parmi les décombres pêle-mêle des arbres,

pensif, frémissant et frêle, un rouge discret

à la gorge où se compose la mélodie –

 

Lorand GASPAR La Maison près de la mer II in Patmos et autres poèmes. nrf Poésie/Gallimard. p. 134.

Lorand Gaspar dans « Vous prendrez bienun poème ? » :envoi n°410 « Dans la ruelle pavée de mer… ».

22:18 | Lien permanent | Françoise

13.11.2019

Envoi n°410. Lorand GASPAR "Dans la ruelle pavée de mer..."

 

 

Dans la ruelle pavée de mer

trois vieilles vêtues de noir

éclairées du blanc d’un mur

accueillent la nuit.

 

Le chœur antique me salue sur le seuil

les voix très hautes déraillent un peu

sous la cendre endormie des deuils

frissonne la mémoire d’un feu.

 

La pêche fut bonne cette année

je me souviens de la peur dans les fonds,

le combat obscur, la lueur clouée,

un timbre éteint dans la musique –

 

cela bouge encore dans la chair

tant de ténèbres soudain à creuser

sur le chemin tu ne sais pourquoi

où chantent les Erinyes –

 

Lorand Gaspar (1925-2019) Patmos et autres poèmes. p.9.

nrf. Poésie/Gallimard. 2004.

 

 

22:18 | Lien permanent | Françoise