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30.11.2022

Envoi n°553. Jean-Marc Sourdillon "Le Merle"

Le merle

 

     Tôt avant le petit matin, heure de la nuit la plus sereine, venu de très loin, quelqu’un se penche à ton oreille, y dépose en passant son secret,

pas une parole, plutôt un souffle, une seule syllabe, pour que tu le gardes bien à l’abri, le temps qu’il faudra et même davantage

jusqu’à ce qu’il revienne

ou qu’à défaut tu le deviennes.

 ü  

 

     Plus aucun nom, plus aucun nombre, seul un oui dans la pénombre.

     A peine une vrille, à peine un son, juste un petit vertige, là, dans l’oreille,

le chant du merle.

 ü   

 

     Celui simplement qui dit oui et qui le dit sans le dire, qui le tourne, le module comme une cerise dans la bouche, qui le fait entendre à qui veut l’entendre dans la solitude splendide  de la nuit.

 

Jean-Marc SOURDILLON L’Unique réponse, nrf Gallimard, 2020.

13:39 | Lien permanent | Françoise

23.11.2022

Envoi n°552. Jean-Marc Sourdillon "Dans la forêt"

Dans la forêt

 

L’attente de quelque chose. La Toussaint.

Ciel très bleu, une buse plane.

La cime des arbres est jaune citron,

la base

perdue dans l’ombre.

Les feuilles pleuvent dans le silence de l’après-midi.

Grand lac suspendu de la lumière.

Les glands, les châtaignes sont à terre.

Quelque chose de froid et d’invisible est dans l’air,

le noyau d’une rivière. On est debout quelque part

dans son courant immobile

de l’eau jusqu’à la taille.

Une voix au loin appelle :

« ohé, revenez ! »

 

Jean-Marc SOURDILLON L’Unique réponse, poèmes. nrf  Gallimard, 2020.

13:36 | Lien permanent | Françoise

16.11.2022

Envoi n°551. Ghislaine LEJARD "Dans le désert blanc..."

Dans le désert blanc

seul le vent se fait entendre

en cette nudité

il appelle à la contemplation

dans le silence givré

des cristaux de glace

s’accrochent aux branches

comme des éclats de vitraux

le rose et le bleu du ciel

s’y reflètent

 

 

En cette saison hivernale

la nature muette

nous révèle la force du vide

et chaque chose en vérité

quand tout est endormi

dans la transparence

d’une infinie douceur

la neige légère de son aile blanche

recouvre d’un lumineux silence

toute beauté offerte

  

Ghislaine LEJARD Dans la lumière de la fragilité. Gravures de Marie-Françoise Hachet - de Salins. Editions Des Sources et des Livres, 2022

*Ghislaine Lejard dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°247 & 248, extraits de « Si brève l’éclaircie », éditions henry, 2015 & de nombreux Courriers des lecteurs ; envoi n°550, extrait de « Dans la lumière de la fragilité ».

 

22:26 | Lien permanent | Françoise