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Envoi n°1. Judith Chavanne. ”Il se fait un grand calme...”


 Il se fait un grand calme de la pivoine à soi

la maison dort, personne encore ne bouge, ne parle

aucun bruit venu de la rue ne dérange

la rencontre au matin avec la fleur ;

la pivoine que vous regardez vous place à côté d’elle

elle vous dévisage

et vous refait une âme sans prévention ni défense

vous qui êtes seul avec elle. 


 Judith Chavanne  Ce qui demeure in Entre le silence et l’arbre. NRF. Gallimard. 1997

 


 

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19.01.2011 | Lien permanent

Envoi n°74. Judith Chavanne ”Pour ce que chacun en soi porte...”

Pour ce que chacun en soi porte

                  – enfant, secret, amour, la parole

                  donnée, lue, entendue – ,

                  elle s'est assise, elle a choisi

                  la marche basse

                  de pierre toujours fraîche

                  dans le fort même de l'été,

                  elle s'est tue ;

                   il y avait au-dessus beaucoup de ciel,

                   et cette lointaine parole

                   peu à peu en elle qui se prononçait ;

                   elle allait y entrer, s'y reposer.


               Se reposer comme on vit

               sans autre attente de ce qui est.

 

 

                      Judith Chavanne Une halte in Un seul bruissement suivi de Les aînés, ceux qui les suivent. Editions le bois d'Orion. 2009

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22.08.2012 | Lien permanent

Envoi n°75. Judith Chavanne ” Il y a ceux qui savent placer le silence...”


Il y a ceux qui savent placer le silence

dans leurs pièces, leurs chambres

où l'on n'entre jamais qu'après lui.

L'espace y borde les chaises, le canapé, la table,

un peu comme l'écoute

en laquelle les paroles seront recueillies.

Dès la porte, on l'avait pressenti

à la vue de l'eau dans la transparence

d'un vase où se dessinent, si claires, les tiges.

 

          Judith Chavanne Un seul bruissement suivi de Les aînés, ceux qui les suivent.

          Editions le bois d'Orion. 2009

 

 

  • Judith Chavanne (née en 1967) dans Vous prendrez bien un petit poème ? :

    envoi n°1 : Il se fait un grand calme de la pivoine à soi... ; envoi n°2 : Nous monterons aux montagnes d'espace... ; envoi n° 74 : Pour ce que chacun en soi porte – enfant, secret, amour...

 

 

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29.08.2012 | Lien permanent

Envoi n°509. Judith Chavanne ”L'un étudie...”

    

 

     L’un étudie, l’autre tente de se délivrer du souci dans

un cahier.

     C’est le creux d’une matinée un peu grise mais douce

au milieu d’août ; la terrasse d’une ferme ancienne.

     Un pic épeiche est survenu, à quelque distance dans

l’herbe.

     Rien plus que lui n’est crucial, plus que sa furtive

apparition, sa robe mouchetée noir et blanc à l’ombre

du noisetier.

 

 

 

Car c’est l’oiseau,

le pic ou peut-être une autre fois la bergeronnette,

l’animal furtif ou farouche,

à l’immobile l’effrayé

qui introduit dans le nôtre un autre règne ;

 

c’est lui, dans ce  jardin ou ailleurs

qui transforme nos moments perdus

en moments de conscience

-- qui sait ? en souvenirs...

 

Lui qui dans les après-midi d’été,

très légèrement mais jusqu’à l’intérieur,

nous aura visités

-- et fait de nous des étonnés.

 

 

Judith CHAVANNE L’Empreinte d’un instant, pp.3-4, éditions Potentille, 2021.

https://potentille.jimdofree.com/

 * Judith Chavanne dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°1 « Il se fait un grand calme de la pivoine à soi... » & envoi n°2 « Nous monterons aux montagnes d’espace... », extraits du recueil « Entre le silence et l’arbre » ; envoi n°74 « Pour ce que chacun en soi porte... » & envoi n°75 « Il y a ceux qui savent placer le silence... », extraits du recueil « Un seul bruissement ».

http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/

 

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05.01.2022 | Lien permanent

Envoi n°510. Judith CHAVANNE ”D'un lieu”

    

 

     D’un lieu

 

J’ai déposé l’inquiétude et le regret,

j’ai trouvé dans un jardin d’été

ceint d’une palissade, comme un corps

parfois est enveloppé d’un bras,

le repos enfin qui permet

d’être d’un lieu, et d’un instant

-- herbe un peu sèche, arbres et bosquets.

 

J’ai reçu : les couleurs surannées

d’un hortensia qui fut bleu,

le chat noir couché à proximité,

le sourire, cette ouverture du temps,

la prodigalité infinie des heures où l’on a été.

 

 

 

Je me suis assise.

 

Autrefois à leur coiffeuse,

des femmes au soir ôtaient boucles,

perles à leurs oreilles

et lourd collier.

 

Entre le jour alors,

son exigence de parure,

et l’éclipse nocturne, elles existaient

 

pour elles seules face au miroir

et pour le frêle instant ; elles entraient

dans le temps ; peut-être dans l’éternité.

 

 

Judith CHAVANNE L’Empreinte d’un instant, éditions Potentille, 2021.

https://potentille.jimdofree.com/

 

* Judith Chavanne dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°1 « Il se fait un grand calme de la pivoine à soi... » & envoi n°2 « Nous monterons aux montagnes d’espace... », extraits du recueil « Entre le silence et l’arbre » ; envoi n°74 « Pour ce que chacun en soi porte... » & envoi n°75 « Il y a ceux qui savent placer le silence... », extraits du recueil « Un seul bruissement » ; n°509 « L’un étudie, l’autre tente de... », extrait du recueil « L’Empreinte d’un instant ».

http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/

 

 

 

    

 

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12.01.2022 | Lien permanent

Envoi n°579. Judith Chavanne ”Tous les dépouillements. Deuils, feuilles.”...”

 

Tous les dépouillements. Deuils, feuilles. Et le silence comme nouvel enveloppement.

Le défaut de continuité – notre solitude.

*

     Rose. D’une si grande élégance, dont les pétales se colorent subtilement, du jaune au blanc à l’incarnat. Qui attire le regard – et la convoitise.

     Cela aurait pu être un récit : la rose, le rapt.

     Familière, que l’on savait là à l’ouverture du volet, qui pour ainsi dire nous saluait à chaque aube, chaque matin qui commençait.

     Le regard s’y perdait, ou plutôt se fondait dans ses nuances : un peu de blanc, puis le jaune léger qui s’intensifiait jusqu’au liséré plus vif et rouge, presque, sur les contours de ses tissus.

 

     Or, on ne sait à quoi tient, à quoi se ressource notre courage. A qui l’on confie notre besoin de la durée. Le plus éphémère peut nous convaincre de la continuité – à condition qu’il meure à son heure.

     Un matin pourtant il n’y a rien ; on le  sait sans l’avoir encore vu.

     Quand le regard ne se pose plus sur rien, qu’est-ce qui nous est ôté ? Quand il n’y a qu’un vide au-dessus de la branche déchirée ?

     On se souvient, on entend au loin dans le conte le rugissement meurtrier de la bête à qui manquait une fleur. On a soi-même le cœur en grand désordre où le temps s’est fracassé.

     Parce qu’une main – trop tôt – nous déroba la beauté.

 

 

Judith CHAVANNE De mémoire et de vent. Peintures de Caroline François-Rubino, éditions L’herbe qui tremble, 2023.

 * Judith Chavanne dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°1 « Il se fait un grand calme de la pivoine à soi... » & envoi n°2 « Nous monterons aux montagnes d’espace... », extraits du recueil « Entre le silence et l’arbre » NRF. Gallimard. 1997 ;  envoi n°74 « Pour ce que chacun en soi porte... » & envoi n°75 « Il y a ceux qui savent placer le silence... », extraits du recueil « Un seul bruissement » suivi de « Les aînés, ceux qui les suivent », éditions le bois d'Orion. 2009 ;  envoi n°509 : « L’un étudie, l’autre tente... » & 510< « D’un lieu » & « Je me suis assise... », extraits du recueil « L’empreinte d’un instant », éditions Potentille, 2021.

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05.07.2023 | Lien permanent

Envoi n°580 : Judith Chavanne ”Peut-être simplement cela”...

 

Peut-être simplement cela :

la gardienne de l’enfance de mes enfants

-         une sorte de berger.

 

J’aurai déroulé pour leurs pas un pré,

pour leurs pas et leur connivence,

pour la métamorphose de l’herbe

en une nappe jonchée de pièces de dinette

et que les amis soient conviés, les invités.

 

Cela seulement – me tenant à distance –

avec le concours de quelques jaunes pensées,

d’une ombre nouvelle en forme de dentelle,

de la bénédiction blanche du cerisier :

 

celle simplement qui aura ouvert le pré.

p.19

*

 

Ici repousse aussi chaque année l’absence

à l’image de blancs iris,

fins, élégants, élancés,

un peu comme des oiseaux échassiers,

qui s’élevèrent un printemps unique,

leur corolle légère, presque de papier

comme suspendue dans l’air.

 

Les iris sont désormais enfouis,

happés comme Proserpine sous la terre.

L’absence fleurit seule dans l’air.

p.51

*

Apparition de l’oiseau à gorge rouge

sous le feuillage toujours généreux du cerisier.

 

Un soupçon de feu dans le vert ;

on croirait presque

simplement une feuille.

 

Mais qui frémit, qui bouge

sans aucun vent.

 

Au fond de soi aussi, qui vibre,

comme le double de l’oiseau dans sa verte nasse,

quelque chose de fervent.

p.60

*

 

Judith CHAVANNE De mémoire et de vent. Peintures de Caroline François-Rubino, éditions L’herbe qui tremble, 2023.

 * Judith Chavanne dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°1 « Il se fait un grand calme de la pivoine à soi... » & envoi n°2 « Nous monterons aux montagnes d’espace... », extraits du recueil « Entre le silence et l’arbre » NRF. Gallimard. 1997 ;  envoi n°74 « Pour ce que chacun en soi porte... » & envoi n°75 « Il y a ceux qui savent placer le silence... », extraits du recueil « Un seul bruissement » suivi de « Les aînés, ceux qui les suivent", éditions le bois d'Orion. 2009 ;  envoi n°509 : « L’un étudie, l’autre tente... » & 510 :« D’un lieu » & « Je me suis assise... », extraits du recueil « L’empreinte d’un instant », éditions Potentille, 2021 ; envoi n°579 : « Tous les dépouillements » et 580 : « Peut-être simplement cela... », « Ici repousse aussi chaque année l’absence... » & « Apparition de l’oiseau à gorge rouge », extraits du recueil « De mémoire et de vent », éditions L’Herbe qui tremble, 2023.

 

 

 

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12.07.2023 | Lien permanent

Envoi n°2. Judith Chavanne.”Nous monterons aux montagnes d'espace...”


 Nous monterons aux montagnes d'espace

légers, de notre consentement.

Comme le souffle délié lorsque l'on respire

nous apprendrons ainsi à aimer, nous élever

depuis la terre.


Le dessin de crête entre ciel et neige

et de givre bleu, sera le partage

notre aune spirituelle

à la toute lisière.


Judith Chavanne  En partage in Entre le silence et l'arbreNRF Gallimard. 1997


* Judith Chavanne, née en 1967, a reçu le prix Louise Labé pour Entre le silence et l'arbre.

 Sur le site Poezibao : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/07/judith_chava...  

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26.01.2011 | Lien permanent

Envoi n°118. Philippe Jaccottet ” La pluie est revenue, sur les feuillages...”

     La pluie est revenue, sur les feuillages en quelques jours multipliés, épaissis. On aurait dit qu'une ombre était prisonnière de cette cage fragile.


     Le foisonnement heureux, sous la pluie, des feuillages ; en quelques jours, tout n'est plus que grottes, pavillons, armoires sombres où brillent vaguement des robes.


     Comme quand traîne un peu de brume sur une source qui a pris la couleur des plantes qui l'abritent, un trouble embue. Le voile qui amortit et qui aiguise la violence montée des profondeurs.


     Des êtres jamais vus, comme assis sous des nuages dont le bord serait argenté par la lune.


     Avant que tu ne passes une bonne fois au nombre des fantômes, écris qu'il n'y a pas de plus haut ciel que cette source couleur d'herbe.


Philippe Jaccottet in Cahier de verdure. nrf Gallimard, 2007.

  • Philippe Jaccottet dans «Vous prendrez bien un petit poème?» est présent à titre de traducteur de Erika Burkart (envois n° 27, 28, 65, 66), Hölderlin (envois n°76, 77), Ossip Mandelstam (envois n°57, 58, 59, 60) ; à titre de préfacier de Gustave Roud (envois n°31, 32, 95, 96) et de Pierre-Albert Jourdan (envoi n°84, 85) ; à titre de dédicataire de P.A.J. (envoi n°39). 
  • Judith Chavanne Philippe Jaccottet Une poétique de l’ouverture. Éditions Séli Arslan. 2003

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10.07.2013 | Lien permanent

Troisième anniversaire de ”Vous prendrez bien un petit poème ?”

Bashô (1643-1694),

Gustave Roud,Béatrice Douvre,

Raymond Queneau,Georges Bonnet, Henri Heurtebise,

Erika Burkart, Saint-John Perse, Gilles Baudry,

Yongjue Yanxian (1578-1657), Geneviève Peigné, Joan-Maria Petit,

Victor Segalen, Odile Caradec, Jules Supervielle,

Gaston Puel,

François Cheng, Josette Ségura, Pierre-Albert Jourdan,

Marina Tsvétaeva,Ossip Mandelstam, Else Lasker-Schüler,

Yongjue Yanxian (1578-1657), Thomas Vinau, Laurent Deheppe,

Emily Dickinson, Jean Malrieu, Frank Castagné, Arthur Rimbaud,

Sapphô, Monique Saint-Julia, Henri Michaux, Tsoui-hao,

Gilles Lades, Francis Ponge,Claire Garnier-Tardieu,

Béatrice Bonhomme-Villani,Shusai (1874-1940,Jean-Claude Xuereb,

Le 20 janvier 2011,

«Vous prendrez bien un petit poème ? » prenait son envol avec l’envoi n°1.

Ce 20 janvier 2014,

à l'approche de l'envoi n°141, «Vous prendrez bien un petit poème ? »,

adresse à ses lecteurs ce salut souriant

en hommage aux poètes.

Bernadette Engel-Roux,  Thierry Metz,

Pierre Dhainaut, Jean-François Mathé, Tozan (807-869),

Joë Bousquet,

Philippe Jaccottet, Hölderlin, Paul de Roux,

Didier Jourdren, Chushi Fanqi ( 1296-1370), Janine Modlinger,

Issa (1763-1827), Marie-Claire Bancquart, Yvon Le Men,

Anne Perrier,Shanci Tongji (1608-1645), Jean Pichet,

Omar Khayyam,

Judith Chavanne,,Jean Joubert,René Char, Georges Perros,

Jean-Damien Roumieu, Gérard Bocholier, Joso (1661-1704),

Max Alhau, Charles-Ferdinand Ramuz, Wujian Xiandu (1265-1334)

Chantal Dupuy-Dunier, Gil Jouanard, Jean-Yves Masson,

Bernard Mazo,Shiki (1866-1902), Jean-Marc Sourdillon,

Bernard René Grasset, Andrée Chedid, Beijian Jujian (1164-1246)

Anthologie en ligne 

http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/

 

 

 

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20.01.2014 | Lien permanent

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