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Rechercher : Pierre-Albert Jourdan

Envoi n°55. Pierre-Albert Jourdan. Rôdeurs.

                 Rôdeurs.

 

Bêtes autour de moi, insaisissables, j'aime

ce défaut de parole,

la pose tranquille de vos regards

sur nos visages ravagés.

Qu'offrir ? Cette tendresse hâtive ?

le pain émietté sur la neige ?...

La main et l'âme souffrent en silence.

 

Ces minces ruisseaux se rejoignent-ils ?

Peut-être le savez-vous emportant

quelle image, quels lambeaux de nous-mêmes ?

La peur sera-t-elle un jour vaincue ?

 

Sur les ténèbres un pelage roux

allié à la douceur bleue

apaise un monde dans les sentes oubliées.

 

 

Pierre-Albert Jourdan Vingt-quatre poèmesin Pierre-Albert Jourdan. Hommages, études et poèmes. Thierry Bouchard, Imprimeur Éditeur. 1984.

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28.03.2012 | Lien permanent

Envoi n°39. Pierre-Albert Jourdan.Tombeau des oiseaux.

                  Tombeau des oiseaux

 

Novembre des oiseaux,

petits poings de terre, émerveillés,

que les arbres se lancent comme des messages ;

cris fragiles dans ces couloirs

où guettent le froid, les fusils.

La mort reçue est-elle plus cruelle

que ce rêve d'innocence

en nous comme une plaie suppurante?

 

Dormez maintenant dans la totale sauvagerie,

le bec d'ombre viendra bien déchirer nos chairs

pour l’ultime expiation :

le même amour pour cette terre

où l'air parfois nous portait aussi

vers des triomphes maladroits ;

notre vie soudain justifiée par-delà

les tranquilles offenses de la mort.

 

 

Pierre-Albert Jourdan Vingt-quatre poèmes in Pierre-Albert Jourdan. Hommages, études et poèmes. Thierry Bouchard Éditeur Imprimeur. 1984.

 

  •  Tombeau des oiseaux, à Philippe Jaccottet

 

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02.11.2011 | Lien permanent

Envoi n°56. Pierre-Albert Jourdan. Une barque.

 

                          Une barque.

 

Noueux dans le plein vent,

rejets obstinés,

oliviers quel dieu vous a façonnés

avant de se glisser

dans l'amertume et la douceur de vos fruits ?

 

Mais qui vous soigne

avec des mains gelées

connaît l'éternité de la lumière.



 Pierre-Albert Jourdan Vingt-quatre poèmes. in Pierre-Albert Jourdan.  Hommages, études et poèmes. Thierry Bouchard, Imprimeur Éditeur.1984.


  •  Pierre-Albert Jourdan dans «Vous prendrez bien un petit poème ?» : 

    envoi n°39 "Tombeau des oiseaux " ; envoi n° 42 : Henri Favent " La pierre et le Papillon "; envoi n°55 "Rôdeurs" & le  "Courrier des lecteurs n°10", du 6 novembre 2011(dont le site d’Élodie Meunier : pierrealbert.jourdan.free.fr/fpaj1.html)

 

 

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04.04.2012 | Lien permanent

Envoi n°42. Pierre-Albert Jourdan. La pierre et le papillon.

LA PIERRE ET LE PAPILLON

 

C'était une pierre très ancienne, elle n'avait pas de nom, personne n'en faisait commerce.

Un jour pourtant un papillon vint s'y poser. Blanc, de ce blanc qu'on dirait griffé, le bord des ailes tout effrangé. « Tu t'ennuies, toi ? » demanda la pierre. « Moi ? Je laisse le vent m'emporter, je change de paysage, l'avenir est un trou bleu ». « Je connais l'avenir, dit la pierre, je suis faite de son silence ».

Le papillon s'envola, de ce vol brusque et saccadé qui était le sien. Un peu plus loin, le destin le guettait, chat ou enfant, peu importe. « Dureté de la pierre, dit-il en mourant, comme j'envie votre matière ! » La pierre l'entendit, qui lui cria

« ton vol ivre, mon ami, l'ai-je connu ? A ignorer le temps, crois-tu que je sois reine ? Petite neige, ma solitude est infinie, comme j'aimerais brusquer ainsi les adieux ! »

Mais le papillon était déjà mêlé à la poussière du monde.

 

Henri Favent Contes du Fada. Revue Port-des-Singes. n°5, 1977.

 

 

  • Henri Favent est le pseudonyme de Pierre-Albert Jourdan (1924-1981), sous lequel il publia des contes.
  •  «Port-des-Singes» est la revue fondée par Pierre-Albert Jourdan en 1974 : « Il nous a semblé que le point de départ de cette revue devait être la « petite maison provisoire de Port-des-Singes » (René Daumal «Le mont analogue») PAJ.
  • Pierre-Albert Jourdan dans «Vous prendrez bien un petit poème?» : envoi n°39 «Novembre des oiseaux» & le Courrier des lecteurs n°10, du 6 novembre 2011.

 

 

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28.12.2011 | Lien permanent

Envoi n°84. Pierre-Albert Jourdan ”Stèle”

                                                     Stèle

 

 

Vous m'avez donné un nom, vous m'appelez encore mais ici, confondu de soleil, je vous dédie mon lézard sur le vieux mur de galets.

 

 

Contemporain du soleil il tâte de l'ombre et s'étonne, aux extrémités de cette ligne abrupte, de la superstition qui veut clôturer le bonheur.

 

 

Il s'étire comme un sillon avant que ne s'effondre le frais labyrinthe, laissant après lui la lumière prendre toute la place.

 

 

 

Pierre-Albert Jourdan Le Chemin en transparence

in Le bonjour et l'adieu. Préface de Philippe Jaccottet. Notes d'Yves Leclair. Mercure de France.1991

 

 

 

 

  • Pierre-Albert Jourdan (1924-1981) dans «Vous prendrez bien un petit poème ?» : http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/pierre... « Envois », notice, rudiments de bibliographie, liens dont celui-ci:

     

  • Le très beau site d'Elodie Meunier, consacré à Pierre-Albert Jourdan :

    pierrealbert.jourdan.free.fr/fpaj1.html

     

  • Pierre-Albert Jourdan au Mercure de France : « Les sandales de paille », recueil posthume des fragments et journaux ; « Le bonjour et l'adieu », recueil posthume de neuf recueils poétiques. Vient de paraître :  »Exercices d'assouplissement » aux Editions Voix d'encre, dont il sera question dans le prochain « Courrier ».

 

 

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01.11.2012 | Lien permanent

Envoi n°85. Pierre-Albert Jourdan ”Amandier...”

Amandier

enfoncé dans le froid

avec cette foi toujours neuve

ce cri adolescent

sauteriez-vous ainsi ?

arbre des vieux talus

il est de ceux que l'on pille et casse

mais les rejets sont tenaces

et qui dénonce le premier la douceur de l'air ?

la patience est dans l'obscur

ce regard longuement tissé

de clarté insoumise.

 

                                    Pierre-Albert Jourdan L'ordre de la lumière. novembre 1970-avril 1971

                                    in Le bonjour et l'adieu Mercure de France. 1991.

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07.11.2012 | Lien permanent

Envoi n°132. Pierre-Albert Jourdan ”L'alliance.”

              L'alliance.

 

Je viendrai mordillant une brindille de thym,

fleurs minuscules d'un ciel accouru – ô terre

en quelle nuit est né ce désir ?

Je viendrai pour rompre la monotonie,

faire éclater ce cri qu'il ne se perde pas

dans la longue fuite d'espace

quand se creusent et s’effacent les barrières...

 

Quand viendras-tu ? le chardon

est jeté au feu, la poussière

roule sous les portes.

 

O paysage la route me fait défaut !

Je t'ai rêvé trop démuni,

traînant ma faim de toi,

jouant de ce retour mais on ne guérit pas

de la blessure irréparable...

 

Un peu de vent qui frôle mon épaule

me lègue ton parfum.

 

 

Pierre-Albert JourdanVingt-quatre poèmesin Pierre-Albert Jourdan. Hommages, études etpoèmes. Thierry Bouchard, Imprimeur Éditeur. 1984.

 

 

 

 

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06.11.2013 | Lien permanent

Envoi n°181. Pierre-Albert Jourdan ”Prière”

                      Prière

 

Que l'innocence demeure

qu'il lui soit donné de pouvoir se perdre dans l'inutilité

de ce monde

qu'elle soit suffisamment forte pour oublier de le clamer

que dans son silence où elle éclaire il n'y ait pas d'obstacle

à son silence

qu'elle soulève ce monde las et danse dans sa poussière

que son sourire de fleur soit à jamais inscrit sur mes

lèvres lorsqu'elles deviendront givre

qu'elle soit l'innocence à jamais.

Que d'aucuns puissent s'en saisir qui voudront sauter

hors du bourbier

qu'elle soit ; ce que de toujours l'affirme ce dialogue de

terre et de ciel à l'écart des chemins imposés

qu'elle soit cette folie, suffisamment sourde, receleuse de

source pour que tant de soifs s'y abreuvent.

Amen.

 

Pierre-Albert Jourdan L'espace de la perte (1972-1973)in Le Bonjour et l'Adieu. Préface de Philippe Jaccottet. Edition établie et annotée par Yves Leclair. Mercure de France. 1991.

 

(Pierre-Albert Jourdan dans «Vous prendrez bien un petit poème?» : envois n° 39 «Tombeau des oiseaux» ; n°42 -sous le nom d'Henri Favent- «La pierre et le papillon» ; n°55 «Rôdeurs» ; n° 56 «Une barque» ; n° 84 «Stèle» ; n° 85 «Amandier enfoncé dans le froid...»; Courrier des lecteurs numéros 10, 21, 23)

 

 

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12.11.2014 | Lien permanent

Envoi n°182. Pierre-Albert Jourdan ”Il aurait fallu se dépouiller...”

Il aurait fallu se dépouiller

de tous les noms,

ne garder contre soi

que ce brun-mauve,

cette couleur passante,

le temps d'un saut...

 

Et que reste-t-il de ce cri

maintenant que la masse sombre

des pierres enfante

un autre séjour ?

 

Reste la source,

inaudible au creux du ciel défaillant,

invisible dans le fourré du temps.

 

Si violente est la lumière au ras des labours

que l'on se jetterait à terre

sans plus rien dire

qu'aimer.

 

Pierre-Albert Jourdan L'ORDRE DE LA LUMIÈRE. 1971

(plaquette hors commerce n° 00073)

 

(Pierre-Albert Jourdan dans «Vous prendrez bien un petit poème?» : envois n° 39 «Tombeau des oiseaux» ; n°42 - sous le nom d'Henri Favent - «La pierre et le papillon» ; n°55 «Rôdeurs» ; n° 56 «Une barque» ; n° 84 «Stèle» ; n° 85 «Amandier enfoncé dans le froid...» ; Courrier des lecteurs numéros 10, 21, 23 ; envoi n°181 «Prière»)

 

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19.11.2014 | Lien permanent

Envoi n°98. Paul de Roux. ”Les Tuiles”

     LES TUILES

 

 

Elles souffrent tout, les tuiles

pluie, grêle, neige

le lichen et l'herbe folle

et le regard suspicieux et l'absence

terrible des maîtres de la maison

qui courent les chemins, les fous !

alors que les tuiles sont seules à porter

tout le poids du ciel.

 

 

Paul de ROUX

 

in Revue PORT-des-SINGES, n°5, 1977. Rédaction-Administration : Pierre-Albert Jourdan

 

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20.02.2013 | Lien permanent

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