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Envoi n°11. René Char. Commune présence.

COMMUNE PRESENCE


 

 Tu es pressé d'écrire,

Comme si tu étais en retard sur la vie.

S'il en est ainsi fais cortège à tes sources.

Hâte-toi.

Hâte-toi de transmettre ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.

Effectivement tu es en retard sur la vie,

La vie inexprimable,

La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,

Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,

Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés

Au bout de combats sans merci.

Hors d'elle, tout n’est qu'agonie soumise, fin grossière.

Si tu rencontres la mort durant ton labeur,

Reçois-la comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,

En t'inclinant.

Si tu veux rire,

Offre ta soumission,

Jamais tes armes.

Tu as été créé pour des moments peu communs.

Modifie-toi, disparais sans regret

Au gré de la rigueur suave.

Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit

Sans interruption,

Sans égarement.

 

Essaime la poussière.

Nul ne décèlera votre union.

 

       René Char Cette fumée qui nous portait in Commune Présence . NRF Gallimard 1964


  • René Char dans "Vous prendrez bien un petit poème ?":

          envoi n°10 "Qu'il vive!", envoi  n°11  "Commune présence".

 

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30.03.2011 | Lien permanent

Envoi n°170. René Char ”La Liberté”.

                                   LA LIBERTÉ.

Elle est venue par cette ligne blanche pouvant tout aussi

bien signifier l'issue de l'aube que le bougeoir du crépuscule.

Elle passa les grèves machinales ; elle passa les cimes

éventrées.

Prenaient fin la renonciation à visage de lâche, la sainteté

du mensonge, l'alcool du bourreau.

Son verbe ne fut pas un aveugle bélier mais la toile où

s'inscrivit mon souffle.

D'un pas, à ne se mal guider que derrière l'absence, elle est

venue, cygne sur la blessure, par cette ligne blanche.

 

 

René Char in Poètes d'Aujourd’hui. Préface de Jean Paulhan.

Textes réunis par Dominique Aury et Jean Paulhan.

La Guilde du Livre à Lausanne.1947

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27.08.2014 | Lien permanent

Envoi n°230. René Char ” La Route par les sentiers.”

     

     LA ROUTE PAR LES SENTIERS

 

     Les sentiers, les entailles qui longent invisiblement la route, sont notre unique route, à nous qui parlons pour vivre, qui dormons, sans nous engourdir, sur le côté.

 

     René Char Battre tout bas in Commune présence. Préface de Georges Blin, choix de poèmes. nrf.          Gallimard.1964.

 

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02.12.2015 | Lien permanent

Envoi n°455. ISSA & René CHAR.

sauterelle

n’écrase pas

les perles de rosée blanche

ISSA

 pour que demeure le couchant

Photographies Richard Fasseur ; haïku ; calligraphies Tchieko Imamura.

Préface et coordination Cécile Domens ; postface Julie Azoulay.

Editions Dervy, 2003

 

On ne fait pas un lit aux larmes comme à un visiteur de passage.

  René Char  Feuillets d’Hypnos 107(1943-1944). Poésie/Gallimard, 1967.

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21.10.2020 | Lien permanent

Envoi n°10. René Char. Qu'il vive !

 

QU'IL VIVE !

Ce pays n'est qu'un vœu de l'esprit,

                                                                              un contre-sépulcre.

 

Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal habillés

sont préférés aux buts lointains.

 

          La vérité attend l'aurore à côté d'une bougie. Le verre de fenêtre est négligé. Qu'importe à l'attentif.

 

Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.

 

Il n'y a pas d'ombre maligne sur la barque chavirée.

 

Bonjour à peine, est inconnu dans mon pays.

 

On n'emprunte que ce qui peut se rendre augmenté.

 

         Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays. Les branches sont libres de n'avoir pas de fruits.

 

On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur.

 

Dans mon pays, on remercie.



René Char Cette fumée qui nous portait in Commune Présence.NRF. Gallimard.1964.

 

 

 

 

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23.03.2011 | Lien permanent

Envoi n° 171. René Char ”Redonnez-leur...”

redonnez-leur...

 

 

Redonnez-leur ce qui n'est plus présent en eux,

 

Ils reverront le grain de la moisson s'enfermer dans l'épi et

        s'agiter sur l'herbe.

 

Apprenez-leur, de la chute à l'essor, les douze mois de leur visage,

 

Ils chériront le vide de leur cœur jusqu'au désir suivant ;

 

Car rien ne fait naufrage ou ne se plaît aux cendres ;

 

Et qui sait voir la terre aboutir à des fruits,

 

Point ne l'émeut l'échec quoiqu'il ait tout perdu.

 

fureur et mystère 1948

 

 

CHAR Dans l'atelier du poète. Édition établie par Marie-Claude Char .

QUARTO GALLIMARD 1996. page 557.

 

* Les poèmes rassemblés dans ce volume sont présentés dans le texte de leur publication initiale. Leur version définitive se trouve reprise dans différents recueils.

 

 

 

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03.09.2014 | Lien permanent

Envoi n°229. René Char ”La fauvette des roseaux”

 

                  

          LA  FAUVETTE  DES  ROSEAUX

 

      L’arbre le plus exposé à l’œil du fusil n’est pas un arbre pour son aile. La remuante est prévenue : elle se fera muette en le traversant. La perche de saule happée est à l’instant cédée par l’ongle de la fugitive. Mais dans la touffe de roseaux où elle amerrit, quelles cavatines ! C’est ici qu’elle chante, le monde entier le sait :

 

     Eté, rivière, espaces, amants dissimulés, toute une lune d’eau, la fauvette répète : « Libre, libre, libre, libre… »

 

     René Char L’Amitié se succède in Commune présence. Préface de Georges Blin, choix de poèmes. nrf. Gallimard.1964.

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25.11.2015 | Lien permanent

Envoi n°540. René CHAR ”Feuillets d'Hypnos 138”

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Le 22 juin le jeune poète Roger Bernard tombe aux mains des SS qui l’abattent d’une balle dans le dos. 

Un mois avant son éxécution,  il avait réussi à  façonner clandestinement dansl’imprimerie de son père à Pertuis, dans le Vaucluse, une nouvelle plaquette du texte que Gilbert  Lély avait intitulé « René Char ». Roger Bernard avait 23 et appartenait aux F.F.I.

 

 

 

 

Feuillet d’Hypnos 138
 
Horrible journée ! J’ai assisté, distant de quelque cent mètres, à l’exécution de B. Je n’avais qu’à presser sur la gâchette  du fusil-mitrailleur et il pouvait être sauvé ! 
Nous étions sur les hauteurs dominant Céreste, 
des armes à faire craquer les buissons et au moins égaux en nombre aux SS. Eux ignorant que nous étions là. Aux yeux qui imploraient partout autour de moi le signal d’ouvrir le feu, j’ai répondu non de la tête... Le soleil de juin glissait un froid polaire dans mes os. 
 Il est tombé comme s’il ne distinguait pas ses bourreaux et si léger, il m’a semblé, que le moindre souffle de vent eût dû le soulever de terre.
Je n’ai pas donné le signal parce que ce village
devait être épargné à tout prix. Qu’est-ce qu’un village ? Un village pareil à un autre ? Peut-être l’a-t-il su, lui, à cet ultime instant ?


 feuillets d’Hypnos 1946

 

 

 

 

 

René CHAR Feuillet d’Hypnos in Dans l’atelier du poète, éditions Gallimard, collection Quarto, 1996, p. 363.

  • René Char dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°10 « Qu’il vive ! » & n°11 « Commune présence » ; envois n°170 « La Liberté » & n°171 « Redonnez-leur » ; envois n°229 « La Fauvette des roseaux » & n° 230 « La route par les sentiers » ; envoi n°455 « Feuillet d’Hypnos 107 ».
  • Roger Bernard dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°423 « O n’être pas stérile » suivi de « Pavot d’or » & n°424 «  A mon œil bleu un cœur de lavande », extraits du recueil « Ma Faim noire déjà ». Préface de René Char. Illustrations de Henri Matisse. Editions Seghers 1976.
  • Anthologie « Vous prendrez bien un poème ? » (accès privatifs à demander) : http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/

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17.08.2022 | Lien permanent

Envoi n°620. René Char ”Affres, Détonation, Silence”

 

     AFFRES, DÉTONATION, SILENCE

 

     Le Moulin du Calavon. Deux années durant, une ferme de cigales, un château de martinets. Ici tout parlait torrent, tantôt par le rire, tantôt par les poings de la jeunesse. Aujourd’hui, le vieux réfractaire faiblit au milieu de ses pierres, la plupart mortes de gel, de solitude et de chaleur. A leur tour les présages se sont assoupis dans le silence des fleurs.

     Roger Bernard : l’horizon des monstres était trop proche de sa terre.

     Ne cherchez pas dans la montagne ; mais si, à quelques kilomètres de là, dans les gorges d’Oppedette, vous rencontrez la foudre au visage d’écolier, allez à elle, oh, allez à elle et souriez-lui car elle doit avoir faim, faim d’amitié.

 

René CHAR Le Poème pulvérisé (1945-1947) in Fureur et Mystère. Œuvres complètes, Bibliothèque de La Pléiade, introduction de Jean Roudaut.1985.

 

 

* Roger Bernard (1921-1944), poète et résistant, dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n° 423 & 424 : « Ma faim noire déjà », préface de René Char, illustration de Henri Matisse, éditions Seghers, 1976.

*René Char dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°10 « Qu’il vive ! » ; envoi n°11 : « Commune Présence » ; envoi n°170 : « La Liberté » ; envoi n°171 : « Redonnez-leur... » ; envoi n°229 « La Fauvette des roseaux » ; envoi n°230 « La route par les sentiers ».

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26.06.2024 | Lien permanent

Envoi n°541 René CHAR ”tracé sur le gouffre” & ”dansons aux Baronnies”, extraits de ”Retour Amont”

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En décembre paraît chez G.L.M. Retour amont, avec quatre eaux-fortes d’Alberto Giacometti.Gravement malade, Giacometti ne pourra signer le livre. Ses dernières lettres à René Char datent de septembre avec l’envoi des gravures pour le livre.   

          p.820

 

 

 

 

 

 tracé sur le gouffre

Dans la pluie chimérique de Vaucluse je vous ai regardé

souffrir. Là, bien qu’abaissé, vous étiez une eau verte,

et encore une route. Vous traversiez la mort en son désordre.

Fleur vallonnée d’un secret continu.

 

 p.825

dansons aux Baronnies

En robe d’olivier

l’Amoureuse

avait dit :

Croyez à ma très enfantine fidélité.

Et depuis,

une vallée ouverte

une côte qui brille

un sentier d’alliance

ont envahi la ville

où la libre douleur est sous le vif de l’eau.

 p.830

René CHAR Retour Amont in Dans l’atelier du poète, éditions Gallimard, collection Quarto, 1996.

  • René Char dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°10 « Qu’il vive ! » & n°11 « Commune présence » ; envois n°170 « La Liberté » & n°171 « Redonnez-leur » ; envois n°229 « La Fauvette des roseaux » & n° 230 « La route par les sentiers » ; envoi n°455 « Feuillet d’Hypnos 107 » ; envoi n°540 « Feuillets d’Hypnos » 138.

 

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24.08.2022 | Lien permanent

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