30.03.2011
Envoi n°11. René Char. Commune présence.
COMMUNE PRESENCE
Tu es pressé d'écrire,
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S'il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie,
La vie inexprimable,
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,
Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d'elle, tout n’est qu'agonie soumise, fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur,
Reçois-la comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,
En t'inclinant.
Si tu veux rire,
Offre ta soumission,
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption,
Sans égarement.
Essaime la poussière.
Nul ne décèlera votre union.
René Char Cette fumée qui nous portait in Commune Présence . NRF Gallimard 1964
- René Char dans "Vous prendrez bien un petit poème ?":
envoi n°10 "Qu'il vive!", envoi n°11 "Commune présence".
- René Char aux éditions José Corti : http://www.jose-corti.fr/auteursfrancais/char-rene.html
18:43 | Lien permanent | Françoise
23.03.2011
Envoi n°10. René Char. Qu'il vive !
QU'IL VIVE !
Ce pays n'est qu'un vœu de l'esprit,
un contre-sépulcre.
Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal habillés
sont préférés aux buts lointains.
La vérité attend l'aurore à côté d'une bougie. Le verre de fenêtre est négligé. Qu'importe à l'attentif.
Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.
Il n'y a pas d'ombre maligne sur la barque chavirée.
Bonjour à peine, est inconnu dans mon pays.
On n'emprunte que ce qui peut se rendre augmenté.
Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays. Les branches sont libres de n'avoir pas de fruits.
On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur.
Dans mon pays, on remercie.
René Char Cette fumée qui nous portait in Commune Présence.NRF. Gallimard.1964.
18:31 | Lien permanent | Françoise
16.03.2011
Envoi n°9. Thierry Metz. "Ne penser qu'à la lumière d'écrire..."
Ne penser qu'à la lumière
d'écrire
et vivre un chemin
dans les herbes
de n'être rien
sans l'oiseau
d'aimer.
* * *
Dans le jour profond
j'ai jeté le seau
la coupe
et la corde
retenue par le nuage
journée de chaque heure
arrachée à mes mains
jusqu'au livre
un livre d'oiseaux
que ma voix
seule
traverse.
* * *
Je suis derrière mes mains
je travaille un chemin
de tuiles cassées
de gravats
je ne sais pas où il va
je regarde
puis j'avance
peut-être
vers le soleil
qui voit ce que je fais.
Thierry Metz Le Drap déplié. Éditions L'Arrière-Pays. 2011.
- Thierry Metz sur le site Terres de femmes : http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2011/07/thierr...
18:37 | Lien permanent | Françoise
