27.04.2011
Envoi n°15. Monique Saint-Julia. "Je ne fais rien d'autre..."
Je ne fais rien d'autre que de chercher des mots en eaux profondes, les cueillir, les laver, les rincer, les passer au tamis comme des alluvions prometteuses de poussière d'or.
Retrouver les sonorités du vent, les multiples chants des pluies.
Une voix vient, sans que je l'appelle ; présence, ombre qui m'attend, me parle, glisse en moi : douce épiphanie de l'enfance.
Monique Saint-Julia Au Fil des nuages. Éditions L'Arrière-Pays. 2009.
22:05 | Lien permanent | Françoise
20.04.2011
Envoi n°14. Monique Saint-Julia. "Ici c'est la fête des tilleuls..."
Ici c'est la fête des tilleuls, des buis verts,
des colverts nichés dans les hautes herbes.
Dès les premières lueurs de l’aube
les abeilles font chanter la glycine.
Tout un blanc de verger tremble.
Le jour est une escale nouvelle.
Monique Saint-Julia Au fil des nuages. Éditions L'Arrière-Pays. 2009.
22:03 | Lien permanent | Françoise
13.04.2011
Envoi n°13. Joë Bousquet. A l'enseigne de l'abeille d'hiver.
A l'enseigne de l'abeille d'hiver
(…) Je ne sais quel nom donner à celle qui tient mes jours entre ses mains. Elle est mon regard un peu plus que je ne suis mes yeux, et m'entoure de ce regard comme s'il avait commencé avant moi. Tout le temps que nous passons ensemble, je respire de la lumière, mais sans m'en étonner. Rien de plus naturel que de peser si peu et de se répandre dans cet allègement. Je ne suis ni ici ni ailleurs : un vase de cristal contient une gerbe d’œillets rouges, à son cou brille une croix d'orfèvrerie. Les anges de pierre sont sur la cheminée. De tous ces objets qui nous séparent et nous rapprochent, je suis toute l'ombre. A ce symptôme je connais que toutes les autres me sont devenues étrangères. (…)
Joë Bousquet Pendule de la métamorphose in D’un regard l'autre. Éditions Verdier.1982.
(...) Et moi je ne la vois plus sans éprouver que je la perds. Elle donne des sens à la lumière et j'enrage devant ses joues potelées que le jour respire, le jour qui me sépare d'elle se fait regard pour la toucher.
Elle grandit en moi ; son visage a quitté mon cœur pour l'envelopper ; mes yeux me l'avaient apportée, elle me donne mes yeux. C'est une assurance si entière que je respire en elle, elle est la façon toute physique dont je me réponds que j'existe. La pensée, la vérité sont au-delà.
Voit-on comment j'entends que toute la vie réelle hante les sentiments ?
C'est avec toute la réalité des corps que l'amour fait la chair du cœur. Ainsi passe-t-il outre à ses images conventionnelles pour en ranimer l'éclat dans des actions qu'il invente.
Elle m'a jeté du jour dans le cœur...
(…) Tais-toi... Tais-toi sur mon nom que tu viens de murmurer. Le soir vient. Je te vois à peine. Tu n'es plus ma soeur, tu es le seul visage de celle que je ne voudrais jamais quitter. L'ombre nous a rapprochés ; elle pourrait nous introduire ensemble dans un monde où il n'y a plus besoin d'exclure l'espace pour s'unir. C'est une nuit qui ne me paraît plus si lointaine. Quand je te regarde dans le soir, c'est le même crépuscule, ce n'est pas la même nuit.
Joë Bousquet L’homme dont je mourrai Éditions Rougerie.1974.
Joë Bousquet dans «Vous prendrez bien un petit poème?» : envoi n°12 «Chanson de route» et n°13 «Je ne sais quel nom donner...» ; notice au bas de l'envoi n° 33 : "Joë Bousquet, le marcheur immobile..."
Joë Bousquet aux éditions Verdier : http://www.editions-verdier.fr/v3/auteur-bousquet.html
21:43 | Lien permanent | Françoise
