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15.06.2011

Envoi n°22. Henri Heurtebise. L'heure continue l'heure

                                  L'HEURE CONTINUE L'HEURE

 

Être dans la lumière

tu vois

d'un matin frais

Vivre ce calme

pour le calme

Vivre c'est bien

tu vois

sans rien de gêne

ni de moteur

 

Être dans l'écriture

tu vois

d'un matin sans violence

dans l’attente récompensée d'attendre

Le matin

entends-tu matin

attend l'heure

qui vient d'avant

Souriant au sourire

qui t'environne

lance ta marche

Qu'on n'entende

que la lumière

horizontale et fine

L'heure continue l'heure

et pour cela souris.

 

              Henri Heurtebise Chant Profond. Éditions Rougerie. 2005

 

15:32 | Lien permanent | Françoise

08.06.2011

Envoi n°21. Henri Heurtebise. Mon enfance.

                                MON ENFANCE

 

 

Mon enfance a frémi

le long des cloîtres

cherchant perdue courant

mon enfance menue

ma tendre

je commençais le temps

je me taisais

L'ai-je adoucie d'intense ?

 

J'avance dans la voix

la garantie des jours

souriant à l'incertitude

Je veille au monde à l'écriture

les accouplant les modelant

sans l'humaine amertume.

 

 

               Henri Heurtebise Chant Profond. Éditions Rougerie. 2005

 

15:27 | Lien permanent | Françoise

01.06.2011

Envoi n°20. Arthur Rimbaud. Aube.

                        AUBE.

 

J'ai embrassé l'aube d'été.

 

Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombre ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.

 

La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.

 

Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.

 

Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.

 

En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.

 

Au réveil il était midi.

 

 

Arthur Rimbaud Les Illuminations.

Le livre de poche.1963.

15:23 | Lien permanent | Françoise