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25.05.2011

Envoi n°19. Pierre Dhainaut. Le Bienvenu.

                                   Le bienvenu

 

Très loin d'abord, de temps à autre, à peine

est-ce un frisson, et puis cela ressemble à de l'écume

crépitant sur la plage, s'y ramifiant, et puis cela

s'amplifie jusqu'à devenir presque une voix

dans la chambre voisine, avant nous

un enfant reconstitue le monde : lui qui ne sait parler,

invariablement depuis qu'il est là,

recrée pour nous le rite immémorial

qui salue le soleil, pour nous il lève les paupières

bien que les rideaux soient tirés, toute l'aube sonore,

tout un rivage sous le flux, cœur qui palpite,

mains qui acclament, il incarne la joie,

la pleine joie du souffle. Quand nous le rejoignons,

nous veillons à ne pas le décevoir.

 

De porte en porte il parcourt la maison,

lui qui ne sait pas lire, un livre sous le bras,

il craint uniquement qu'on ne le prenne.

Quand soudain il s'arrête, il l'ouvre, en hâte

ou lentement, selon des rythmes incertains,

il en tourne les pages, il y glisse les doigts,

ne l'intéresse aucune illustration, le bruit,

le bruit seul le ravit au point qu'il placera son livre

longtemps près d'une oreille, comme ces conques

où nous avons appris, très jeunes, à écouter la mer

dont l'horizon nous était inconnu, quel écho

le déborde ? la mer, l'écho, de ces mots simples

nul ne pourrait lui expliquer le sens, mais il refuse

de rester à l'écart, il nous regarde enfin.

 

Parmi les arbres, que lui importent l'ombre ou la lumière,

le vent peut agiter leurs faîtes, une averse s'abattre,

nous ne parviendrons pas à le conduire.

Gravier, marrons, feuilles jaunes, bouts de bois,

pour tout ce qu'il délivre de la terre il se passionne,

tout ce pourquoi la paume est généreuse,

quand c'est le tour ensuite, fougères, orties,

des plantes qui remuent à sa hauteur, il va vers elles

comme nous l'avons vu partir

entre les oiseaux effrayés, le front couvert d'écume,

afin de s'unir à la vague... Lui qui ne sait pas

ce qu'est un chemin, parce que l'heure arrive

de l'arracher à la marche, au royaume,

pour dire non il n'aura que ses larmes.


                      Pierre Dhainaut Plus loin dans l'inachevé. Editions  Arfuyen 2010.


* Pierre Dhainaut dans "Vous prendrez bien un petit poème?" : envoi n°18 Un chemin d'arbres ; envoi n° 19 Le bienvenu ; Courrier des lecteurs n°10.

Pierre Dhainaut aux  éditions Arfuyen: http://www.arfuyen.fr/html/ficheauteur.asp?id_aut=1038

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