22.05.2013
Envoi n°111. Joë Bousquet "La Rainette du Noir"
LA RAINETTE DU NOIR
Le soir descend, ne tends pas les bras. N'ouvre pas les mains si l'ombre qui sort des pierres remonte jusqu'à ta gorge. Laisse cette peur te gagner : elle est venue de trop loin pour prendre ta place.
Ton cœur né avant toi, tu as grandi sans lui et il continue à t'attendre sur le seuil. Tu auras fait le tour de la maison sans qu'il te voit.
Sa peine épouse la nuit et se mire dans les jours, frappe les murs avec sa fleur close, écoutée de la nuit qui ouvre et ferme le ciel au fond de tes yeux.
Marche dans le vent étiré d'oliviers. La terre n’entend que des pas, le cœur n'entend que la terre, il a grandi sans marcher, il a vieilli sans te trouver, chacune de tes larmes aura coulé pour le voir.
C'est un peu de ton espoir, ce que les années en ont perdu. On dirait ton ombre et qu'elle cherche à se mettre debout. N'appelle personne. Ton cœur ce n'est pas toi, c'est un enfant qui se tourmente avec la crainte de tomber.
… Quand le jour t'aura chassé de tes yeux.
Joë Bousquet Le Sème – Chemins. Éditions Rougerie. 1981 (deuxième édition)
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Joë Bousquet dans «Vous prendrez bien un petit poème?» : envoi n°12 «Chanson de route» ; n°13 «Je ne sais quel nom donner...» ; envoi n°110 « Le baiser».
http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/search/Jo%C3%AB%20Bousquet
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Joë Bousquet est né à Narbonne en 1897. «Le 27 mai 1918, à Vailly, lors d'une contre-attaque de l'armée française, une balle atteignit Joë Bousquet en pleine poitrine, sectionnant la moelle épinière. De cette chair désormais en miettes naîtra un écrivain au corps illimité (...) Sa chambre à Carcassonne n'est pas celle d'un reclus, d'un gisant, mais la capitale d'un monde (…)» Pierre Drachline Poesie 1. n°6, été 1996. Dossier : le voyage, l'ailleurs.
16:43 | Lien permanent | Françoise

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