25.09.2013
Envoi n°128 Jean-François Mathé "La main que j'avais enlevée..."
La main que j'avais enlevée
revient se poser sur le cœur
sans plus y peser qu'une fleur
par les battements soulevée.
Inquiète, la main vérifie
que mon sommeil n'est pas la mort,
que ma vie poursuit son effort
sans savoir ce qu'il signifie,
comme celui de l'eau, du vent
qui n'emportent au loin qu'eux-mêmes
et abandonnent ce qu'ils aiment
pour mieux l'aimer en le rêvant.
Jean-François Mathé Vivre au bord, Arpa N°104, Revue de Poésie, juin 2012.
23:20 | Lien permanent | Françoise
18.09.2013
Envoi n°127. Jean-François Mathé "Le soir vient d'abord dans les voix..."
Le soir vient d'abord dans les voix
poser sur chaque mot une ombre.
Comment le jour s'éteint et sombre
on l'entend plus qu'on ne le voit.
Des derniers mots que l'ombre happe,
comme on retient parfois du vent,
je retiens la lueur avant
qu'à tout jamais elle s'échappe.
Et j'emporte, allumette ou braise,
de quoi démêler de la nuit
les murmures qui s'y ennuient
et les poèmes qui s'y taisent.
Jean-François Mathé in VIVRE AU BORD,
ARPA, Revue de Poésie, N°104.
20:35 | Lien permanent | Françoise
11.09.2013
Envoi n°126. Laurent Deheppe "Pierre univers"
Pierre univers
Un homme bleu me parle. De son pays, de l'eau précieuse qui se cache, du soir qui vient. Parler bleu, c'est apprendre à se taire et à sourire. C'est dédier la flamme du poème à l'esprit de liberté, à sa propre perdition entre les grains d'or du sable et les grains d'argent du ciel. Ici les mots sont des couleurs.
La nuit qui vient n'est pas la nuit. C'est un voyage qui vous laisse au hasard près d'un buisson. L'horizon tourne autour d'un centre qui n'est ni l'homme ni son sac, mais le feu dans la beauté et le silence. Un chant perdu s'élève ; le thé chaud revient sans cesse. L'horizon, lentement, participe à l'érosion de l'être, à la naissance de l'amour.
Un homme bleu me parle, dont je ne connais pas la langue. Il est assis sur le papier, comme un rocher adulte et dans le souffle de ma lampe qui s'est éteinte.
Laurent Deheppe in LA LIBERTÉ D’ÉCRIRE. ARPA, Revue de poésie, Mappemondes. N° 106-107
23:29 | Lien permanent | Françoise
