07.01.2015
Envoi n°188. G.-E. Clancier "Pourtant nous l'aurons aimée..."
Pourtant nous l'aurons aimée la douce amère,
Nous l'aurons aimée de toute notre vie la vie
Avec son odeur, sa fraîcheur, et sa soie des premiers matins
Quand la ville est promesse et l'aube une chanson.
Nous l'aurons aimée comme on aime une femme,
Comme on aime un enfant si clair que goutte d'eau,
Comme on respire la rose au soleil de Juin,
Comme on tient dans sa main la main d'une mère.
Nous l'aurons regardée à perte de vue
Jusqu'au vertige, ô ciel plus vaste que le ciel,
Nous l'aurons écoutée sourdre et chanter, source
Toujours verte et nouvelle au lointain,
Et jamais non plus ne finissait notre soif.
Nous l'aurons aimée quand même et malgré
Les monstres du passé, les monstres de nos jours,
Malgré cette façon de renaître toujours
Qu'ils prenaient, avec des noms et des yeux d'hommes,
Monstres connus, inconnus, au-dehors, en nous-mêmes,
Valets de la mort travestis en vivants,
Nous l'aurons aimée comme on lance un défi.
Mais ils la rongent la vie, mais ils la vident
La vie, la belle, de son sang, de sa couleur
Et vient l'heure où je ne saurai plus
Éveil perpétuel que nous t'avons aimé.
Georges-Emmanuel Clancier Terres de mémoire. Éditions La Table Ronde. 2003
15:43 | Lien permanent | Françoise

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