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29.06.2016

Envoi n°256. Béatrice Marchal "Une peur m'étreint aujourd'hui..."

Une peur m’étreint aujourd’hui que manque

le temps de mette au jour

une parole

réduite à peu de chose

si elle me découvrait à moi-même

sans que d’autres puissent y pénétrer

et par-delà nos différences se sentir

suffisamment à l’aise pour faire une halte

et déposer les bagages trop lourds.

Parole vaine si elle n’était encore

pâture à leurs rêves, soulagement à leurs

peines, remède à la solitude, s’ils ne

la faisaient leur, la nourrissant d’eux-mêmes

jusqu’à la faire parfaitement dense,

parole désormais à tous,

universelle et anonyme

pour l’échange

le partage.

 

Béatrice Marchal Ce qui reste in Résolution des rêves.  Editions L’herbe qui tremble. 2016.

 

22:09 | Lien permanent | Françoise

22.06.2016

Envoi n°255. Béatrice Marchal "Je me suis longuement attendue..."

Un jour je m’attendais moi-même

Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes

Pour que je sache enfin celui-là que je suis

« Cortège », Apollinaire

 

Je me suis longuement attendue,

dans la hâte d’être

celle qui saurait ouvrir

tout grands à la vie

ses bras libérés des peurs.

 

Au bord de l’asphyxie j’ai quitté la grand-route

et rejoint par le chemin de la mer et la folie

des vents les contrebandiers du désir.

 

Des récifs aux arêtes vives bordent

les eaux claires où je nage, frontière

dangereuse où souvent se brise  le possible.

 

Les douaniers montent la garde

cependant que feuilles et fleurs s’abandonnent

à la brise et au soleil

et simplement s’épanouissent.

 

Béatrice Marchal Résolution du rêve  II in Résolution des rêves. Editions L’herbe qui tremble. 2016.

17:41 | Lien permanent | Françoise

15.06.2016

Envoi n°254. Jean-François Mathé "Chaque nuit devant ma porte..."

Chaque nuit devant ma porte

revient se coucher le même chemin.

 

 

Chaque matin il attend

que mes souliers lents

avec eux l’emmènent.

 

 

Et derrière moi,

pour me remercier,

je sais qu’à mon ombre

il apprend la danse

et le cloche-pied.

 

 

Jean-François Mathé  Retenu par ce qui s’en va. Editions Folle Avoine. 2015

 

      Jean-François Mathé dans "Vous prendrez bien un (petit) poème ? " : envoi n°127 "Le soir vient d'abord dans les voix..." ; envoi n°128 " La main que j'avais enlevée..." ; envoi n°223 "Chanson des larmes" ; envoi n° 224 « Chanson de l’amour » ; envoi n°253 »Si petites soyez-vous, espérances, … ».

12:02 | Lien permanent | Françoise