27.07.2016
Envoi n°260. Jean-Marie Alfroy "montre-moi la Muse..."
Montre-moi la Muse
et je te montrerai
le museau du poète
qui vit sans luth
et sans tempête
dans les jours modernes des municipalités.
Montre-moi la Belle Hélène
et je te montrerai
comment Ménélas
console sa disgrâce
dans une vidéothèque
pour messieurs obscènes
et dames sans licorne.
Montre-moi les trois déesses
à qui Pâris risquait la pomme
et je te montrerai comment
Hector rencontrerait ce soir
sa fidèle Andromaque
sur un canapé convertible
payable à tempérament.
Nous ignorons tout du passé
et tout peut-être du présent.
Nos images se mélangent
et les monstres nous accablent.
Jean-Marie Alfroy, revue Traversées, n°78. Décembre 2015. Revue trimestrielle littéraire, Faubourg d’Arival, 43. B-6760 Virton. Belgique.
Jean-Marie Alfroy dans « Vous prendrez bien un (petit) poème ? » : envois n°199 » Le vent est venu s'étendre à mes côtés sur le lit de plein jour… » ; n°200 » Visions amères (extraits) » ;n°259 »Quelle est cette voix qui me dit d’aller parler aux montagnes… ».
22:37 | Lien permanent | Françoise
20.07.2016
Envoi n°259. Jean-Marie Alfroy "Quelle est cette voix qui me dit... ?"
Quelle est cette voix qui me dit d’aller parler aux montagnes ?
Qu’aurais-je à leur dire sinon que je ne les ai pas oubliées ?
Qui chante dans mon cœur et dans ma tête comme un saxophone d’héritage ?
(page 2)
Rafraîchis-toi, mon âne, le cerveau à l’ombre de tes oreilles.
J’aime ton regard d’abandon cerclé de lunettes blanches
comme celles des stars quand elles posent sur les sables de Californie.
Où vont donc tes pensées de cancre malin ?
(page 6)
Ah Marcel, que nous étions heureux sur le petit pont de pierre
quand nous crevions nos pneus
et que nous appuyions nos bicyclettes contre les parapets.
Tu allumais une sèche, comme tu aimais à le dire,
tandis que j’ouvrais la sacoche à outils.
Il faisait beau comme un jour de neige sur les montagnes d’Italie.
Tu rêvais de garçons demi-mondains et totalement danseurs ;
moi de filles rustaudes à perdre dans les meules de foin.
(page 9)
Ils sont partis, les compagnons, vers des patries lointaines qu’on ne trouve pas dans les atlas.
L’un m’avait prêté des magazines pour solitaires enfiévrés ; l’autre un pistolet à amorces, un lance-pierre et des billes opalescentes.
Mais lequel m’avait ouvert la porte du jardin où l’on piétine les pelouses, cueille les roses et mange les groseilles ?
(page 10)
Jean-Marie Alfroy SIMPLESSES . Collection Encres Blanches.N°668. Editions Encres Vives. 2016. 2, allée des Allobroges. 31770 Colomiers.
08:23 | Lien permanent | Françoise
13.07.2016
Envoi n°258. Rainer Maria Rilke "C'est au bord de la route ensoleillée..."
C’est au bord de la route ensoleillée,
dans le tronc d’arbre creux depuis longtemps changé
en auge, et qui renouvelle sans bruit
son eau intérieure, que j’abreuve
ma soif : en absorbant par les poignets
la venue, la gaieté de l’eau.
Boire me serait trop déjà, et trop distinct ;
mais ce geste d’attente fait monter
jusqu’à ma conscience l’eau claire.
Ainsi, serais-tu là, ne faudrait-il,
pour me désaltérer, que mes mains posées à peine
ou sur la courbe de ta jeune épaule,
ou sur le gonflement de tes deux seins.
Rainer Maria Rilke in D’une lyre à cinq cordes. Traductions de Philippe Jaccottet (1946-1995). nrf Gallimard.1996.
19:33 | Lien permanent | Françoise
