28.09.2016
Envoi n°269. Françoise Ascal "Le désir d'aube".
Un désir d’aube
J’ai toujours aimé les creux, les grottes, les poches d’ombre, le caché ordinaire, celui qui trace des galeries sous l’écorce ou tient l’abeille en son alvéole, celui des terriers de lièvre ou de loutre, celui des amoureux enlacés les soirs d’été dans les trous d’obus que l’herbe a recouverts, celui des puits où remonte l’eau du jour dans un grincement de vieille poulie, celui de l’âtre ruisselant d’une suie grasse et noire. J’ai toujours su que c’était là ma place, que j’étais vouée à ne jamais quitter les territoires de l’obscur.
J’ai toujours aimé.
Ou peut-être il m’a fallu aimer.
Ou peut-être je n’ai pas eu la force de.
Ou peut-être l’orgueil de n’être rien a-t-il fait pousser de grandes racines dans la noirceur native, dans l’humus compatissant. Manière de solidarité avec ce « d’où je viens » et ses figures dévastées par l’Histoire.
(…)
Françoise Ascal inédit. Revue « Décharge ». N°171. Septembre 2016.
22:51 | Lien permanent | Françoise

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