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22.02.2017

Envoi n°289. Jean-Pierre Farines "Peut-être / que tu ne sais pas lire..."

Peut-être

que tu ne sais pas lire

Seulement ânonner toujours

les mêmes lettres

Et tu ne comprends rien

à la transparence de l’eau

à la fluidité de l’air

aux lointaines étoiles

à ces regards croisés

à ces profils perdus

Aux signes désespérés

de tout ce qui s’éteint.

 

Tant d’autres

comme toi écoutent

les pas du silence

Cueillent dans le noir

les lucioles de l’insomnie.

 

Tant d’autres

dans la même nuit

avec des mots différents

souffrent les mêmes maux.

(…)

Mais l’autre

va peut-être disparaître

si tu ne l’aimes pas

La lumière va peut-être mourir

si tu fermes les yeux

Et qui serais-tu

si tu n’apprends pas à voir

et à aimer

Si tu n’écoutes pas

cette musique qui te cherche

et que tu n’entends pas.

 

Jean-Pierre Farines « Profils perdus ». Editions Donner à Voir. 2005.

21:59 | Lien permanent |

15.02.2017

Envoi n°288. Anne Perrier "Ne me faites pareille..."

 

Ne me faites pareille

A la rose la passerose

Royale des jardins

Car je n’ose

Porter dans mes rêves les abeilles

Mais l’herbe du chemin

Que nul n’a regardée

Un pied l’a couchée dans le soir

Et les étoiles boivent

Son parfum d’écrasée

 

Anne Perrier « Le petit pré » (1958-1960)  in «La Voie nomade »

 

II 

 

Si j’étais fleur

La nuit je conduirais à la danse

La prairie

 

Le jour éclate comme une grenade

Et je vais boire

A son cœur étoilé

 

Au bord de l’herbe heureuse

Je me suspends je tremble

Avec les papillons

 

(…)

 

La fleur s’en est allée en allée où

Là-haut dans l’or des galaxies une étoile

Hésite

 

Anne Perrier « Feu les oiseaux » (1972-1975) in «La Voie nomade & autres poèmes. Œuvre complète 1952-2007 ». Préface de Gérard Bocholier. L’Escampette Editions Poésie. 2008.

 

 Anne Perrier dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n° 209 « Mon frère entre la sauge et l’ombre » ; envoi n°210 « Voici ma place pour l’éternité » ; envoi n°249 « Les noms de l’arbre », extraits ; envoi n°250 « Le Livre d’Ophélie », extraits ; envoi n°287 « Pour un vitrail », extraits.

23:14 | Lien permanent |

08.02.2017

Envoi n°287. Anne Perrier " Et la vie c'est cela..."

 

Et  la vie c’est cela

Une ombre qui s’allonge sur le seuil

Une cour abritée de hauts tilleuls

Le miel en fleur et les abeilles mortes

Une main qui frappe à la porte

Et les visages changent de couleurs

Rien n’a bougé que le ciel sans racines

Et la saison penchée au bord de la ravine

Les regards sont plus fixes et les gestes raidis

Est-ce l’aube ou midi L’attente est si pareille

A l’attente et tout ce qu’on connaît

Tout ce qu’on tient n’est que le rêve tourmentant

D’une réalité profonde et dérobée

 

 

 

 

 

Toutes les choses de la terre

Il faudrait les aimer passagères

Et les porter au bout des doigts

Et les chanter à basse voix

Les garder les offrir

Tour à tour n’y tenir

Davantage  qu’un jour les rendre

Comme son billet de voyage

Et consentir à perdre leur visage

 

Anne Perrier « Pour un vitrail »  page 27,  in « La voie nomade & autres poèmes. Œuvre complète 1952-2007 ». Préface de Gérard Bocholier. L’Escampette Editions Poésie. 2008.

Anne Perrier dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n° 209 « Mon frère entre la sauge et l’ombre » ; envoi n°210 « Voici ma place pour l’éternité » ; envoi n° 249 « Les noms de l’arbre » ; envoi n°250 « Le Livre d’Ophélie ».

17:08 | Lien permanent |