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28.11.2018

Envoi n°366. Lilette Malrieu/Marie-Thérèse Brousse "La Journée nouvelle".

La journée nouvelle

 

Où en est la journée nouvelle,

La soirée d’été qui l’a vue passer ?

Il y a eu ici une lune claire

Enfantine et déchirée,

Les voix éparses et frêles, la chaleur

effilochée.

Qui a entendu dans l’air calme l’appel muet et

poignant

Du feu dressé sur l’espace, de cours reprenant

son temps ?

 

Feu noyé sous les courants, cherchant ses

résurgences

L’eau sans fin dans son élément lance son

corps aux écluses

Dans l’air vont le ciel, l’écorce,

La graine à l’amble du vent.

Un verger gris arc-bouté attelle l’aube à la

terre

Vient le jour, comme les autres sans pareil.

La journée nouvelle.

 

 

Lilette MALRIEU[1] /Marie-Thérèse Brousse. Œuvre poétique 1939-1965.

Luce Van Torre & Pierre Malrieu. Editions Les Autanes. Mai  2018

 

*Lilette Malrieu dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°364 « Chanson ».

http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com

 

[1] Lilette Malrieu (1912- 1996), fut l’épouse et la muse du poète Jean Malrieu (1915-1976).

Leur fils, Pierre Malrieu, a fondé, à Penne de Tarn, village d'élection du poète,  Mirabilia Museum.

11:28 | Lien permanent | Françoise

21.11.2018

Envoi n°365. Lilette Malrieu/Marie-Thérèse Brousse "Chanson"

          Chanson

 

J’ai rendez-vous à la fenêtre

Ouverte au temps

Sur la couleur d’une jacinthe

Sur la poussière du vent

 

Rendez-vous sur la Place ronde

Etang dormant

Que trouble en octobre la robe

Du vent d’Autan

 

J’ai rendez-vous dans la Rue Droite

Au puits rouillé

Il y nageait un anneau d’or

Toujours parfait

 

J’ai rendez-vous sur une route

Mêlée à l’air

Par temps de cristal et de terre

Un coq bleu y a jeté

Sa jeune voix drue et amère

Son chant cassé

 

Lilette Malrieu /Marie-Thérèse Brousse. Œuvre poétique 1939-1965.

Luce Van Torre & Pierre Malrieu. Editions Les Autanes. Mai  2018

 

22:36 | Lien permanent | Françoise

14.11.2018

Envoi n°364. Joë Bousquet "Des gestes d'herbe transie""

20 AVRIL 1947

Mon corps est mon église

J’en ai fait mon cheval

 

Viens ma belle à l’église

L’église où j’entre seul…

 

Toutes les cloches sonnent

Au cou de mon cheval

 

DES GESTES D’HERBE TRANSIE

 

Avec la pierre transparente

Le chant de la mer est entré

Je l’ai entendu dans ta voix

 

Il se taisait avec tes yeux

 

Voile une tente

Dont le battant s’est déchiré

 

Petite sœur, herbe transie

Voile la tente,

Jette au ciel ses pans déchirés

 

Joë Bousquet (1) Le Sème Chemins. pp. 41 & 45. Rougerie,  éditeur à Mortemart. 1981.

 

N.B. : Joë Bousquet dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°12 «A l’enseigne de l’abeille d’hiver » ; envoi n°13 «Chanson de route » ; envoi n°110 «Le baiser» ; envoi n°111

« La rainette du noir » ; envoi n°363 « Je n’y puis rien… ». http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/

 

[1] « Joë Bousquet est né à Narbonne en 1897. «Le 27 mai 1918, à Vailly, lors d'une contre-attaque de l'armée française, une balle atteignit Joë Bousquet en pleine poitrine, sectionnant la moelle épinière. De cette chair désormais en miettes naîtra un écrivain au corps illimité (...) Sa chambre à Carcassonne n'est pas celle d'un reclus, d'un gisant, mais la capitale d'un monde (…)» Pierre Drachline Poésie 1. n°6, été 1996. Dossier : le voyage, l'ailleurs.

22:40 | Lien permanent | Françoise