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26.12.2018

Envoi n°370. François Cheng "Au plus haut de l'an..."

                                                                                     D’un arbre

Au plus haut de l’an,

L’air retient son souffle,

Seul se meut un nuage

Sur la frondaison.

Quand le feu s’enfouit,

Quand se tait l’oiseau,

Racines et feuilles

Sont à l’unisson.

 

Au plus haut de l’an,

L’arbre ailé s’oublie,

Proche est le lointain,

Durable l’instant.

Quand le feu s’enfouit,

Quand se tait l’oiseau,

Tout tend vers son libre

Ou vers son repos.

 

Le nuage en son erre,

L’an à son plus haut.

 

François Cheng La vraie gloire est ici. Editions Gallimard/Le grand livre du mois. 2015.

 

François Cheng dans "Vous prendrez bien un poème ?" : envois n°102, 103& 369.

http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/

16:23 | Lien permanent | Françoise

19.12.2018

Envoi n°369. François Cheng "Lumière juste érigée..."

Lumière juste érigée

En chemins, en collines,

En cyprès… choses lointaines

Ou proches que jamais

Nous n’avons révélées,

Faute de mots exacts

 

Et d’un cœur transparent.

 

François Cheng Cantos toscans, p.9. Editions Unes. 1999

 

L’éternité est là,

Un seul instant l’instaure.

L’instant où tu adviens

Et ouvres l’œil et vois

Qu’avant de t’effacer

Rien ne sera su par toi

 

Mais que tu vois,  et loue…

 

 

François Cheng Cantos toscans, p.40. Editions Unes. 1999

 

Dis donc ce qui vient de toi.

Dis tout ce qui te soulève

Au-dessus des contingences.

Le monde attend d’être dit,

Et tu ne viens que pour dire.

Ce qui est dit t’est donné :

 

Le monde et son mot de passe.

 

François Cheng Cantos toscans, p.44. Editions Unes. 1999

 

François Cheng dans "Vous prendrez bien un poème ?" : envois n°102 & 103.

 

 

19:56 | Lien permanent | Françoise

12.12.2018

Envoi n°368. Pierre Maubé "Qu'elle soit aumône du temps..."

Qu’elle soit aumône du temps

Ou don de quelque prince altier,

Que votre joie soit dédiée

A la seconde où se détend

 

Soudain votre corps libéré

Des mains invisibles du dieu

Que je vis naître dans vos yeux

Et sur vos lèvres s’égarer.

 

Pierre Maubé Mesures p. 130  in La peau de l’ours. PONT9 éditions. 2018.

 

Ce lieu commun à la parole et au silence, commun aux errants et aux morts, à l’espérance et au regret, à ceux qui se croisent et se devinent et parfois se rencontrent, ces limbes d’encre, ce carrefour improbable de mots naissants, de nuit épaisse, de sens semi-présent, de terre calcinée, de peur nouvelle et d’aube nue,

 

ce lieu commun, je le nomme poème, lieu d’hésitation et de vacance, brûlé au fil des jours sans ombre, lieu de perte et de recherche, lieu offert au ciel de toute absence, lien calciné, détissé de vertiges, lieu de tâtonnements et de violence, lieu de désirs et de torture, lieu de remords et de patience, lieu de fièvre inachevée, de cendres mauves, lieu de feu noyé et de soif inutile.

 

Pierre Maubé La poésie est une drogue dure  p. 76 in La peau de l’ours. PONT9 éditions. 2018.

 

19:50 | Lien permanent | Françoise