http://www.xiti.com/ ID de suivi

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25.03.2020

Envoi n°425. Philippe Mac Leod "Vivant"

Vivant

                    1

     La ligne des pins découpe l’horizon en fines intermittences. Le train file dans le silence de la vitesse. Au loin, le paysage indéchiffrable, avec son grand ciel gris posé debout, la mer qu’on croit voir et la distance comme une lame immobile, une vague soulevée qui d’un instant à l’autre peut s’abattre et engloutir tout ce que nous savons de la terre, de ce temps sorti des rails qui nous fuit à travers la plaine, en tous sens multipliant les horizons comme une forêt translucide.

 

     Le rêve est de ce côté de la vitre – sous la lueur jaune des plafonniers, la chaleur molle des conversations de velours. La vie n’aime pas nos somnolences. Elle court avec l’éclair vif sur les champs de betteraves, les fouets du vent chassant les nuages à grands cris dans les flaques d’azur. Un bouillonnement bleu picote le bout des yeux, où parfois la pensée se déchire dans la violence des airs souverains. Sous les lampes inutiles, les songes ne froissent que du papier journal.

 

     Tout est vanité, -- Tout – Tout ce qui fausse le poids des choses, sur la balance des grands ciels étales. Tout ce qui berce la vue, ou la protège d’un voile aux attaches précieuses. Tout ce qui te sépare de la nudité de la feuille, sous la pluie qui tombe au-dehors, immensément, éternellement, toute la pluie du ciel qui s’engouffre et ruisselle en un murmure que les morts entendent encore au fond de leur crâne, la pluie généreuse qui lave et redore le vaste sentiment du monde.

 

     Ton jardin est bien trop étroit. A la flamme de la vigne léchant les murs il manque la joie de l’étendue, le feu d’Elie, l’espace, quand le cœur s’ouvre plus loin que les fenêtres. Chaque regard n’est que l’antichambre d’une vision plus claire et plus pure. Tu n’es pas encore entré dans la demeure fraîche qui veut grandir avec toi.

(…)

     Gonflé de solitude, le ciel glisse entre les tours, traversé de souvenirs heureux aux pluie fécondes. Les rames qui se croisent lâchent les dernières étincelles. Une seule pensée pourrait contenir tout le ciel, un seul mot pour rassembler tous les silences, perché comme un nid très haut où nous réapprendrions à vivre.

Philippe Mac Leod « Vivant » in Revue ARPA 104. Juin 2012.

http://www.arpa-poesie.fr/Nous.html

20:35 | Lien permanent | Françoise

18.03.2020

Envoi n°424. Roger Bernard "A mon œil un coeur bleu de lavande..."

 

 

 

A mon œil un cœur bleu de lavande,

A ma lèvre la mort d’une tige de blé,

Et sur mon cœur l’effort géant de pureté,

Et sur mon cœur l’amour du ciel pervenche.

 

A ma main la douceur d’une flouve des prés,

A l’oreille une joie de grappe de glycines,

Et dans mon ventre un exploit de racines,

Et sur mon cœur l’effort géant de pureté.

 

A mes pieds une attache de feuilles jaunies,

A mon corps l’ombre bleue du cyprès,

Et sur mon cœur l’effort géant de pureté,

Et sur mon cœur le vent d’hiver, l’ortie brûlée.

 

 

Roger BERNARD (1921-1944) Ma faim noire déjà.

Préface de René Char. Illustrations de Henri Matisse.

Editions Seghers.1976.

 

18:50 | Lien permanent | Françoise

11.03.2020

Envoi n°423. Roger Bernard "O n'être pas stérile !".

     O n’être pas stérile

 

O n’être pas stérile !

     comme

la source meurt au baiser de la langue ;

     comme

la cloche étonne un bourgeon de chagrin ;

     comme

la perche oisive élabore un amour ;

O n’être pas stérile !

 

        •  

 

Pavot d’or

         je t’aime

pour me délivrer

du

     poids

        de

            mon

                cœur.

                     

 

Roger BERNARD (1921-1944) Ma faim noire déjà.

Préface de René Char. Illustrations de Henri Matisse.

Editions Seghers. 1976.

 

 

22:55 | Lien permanent | Françoise