02.09.2020
Envoi n°448. Sylvie-E. Salicetti 'Et quand tu écriras..." (suite)
(…)
cette nuit j’ai vu marcher le temps comme s’il était un homme
le temps comme s’il était vivant avait blanchi ma vue
- sais-tu ce que j’ai fait ? –
je l’ai remis entre deux gardes Ce siècle noir
fait mien – barricadé derrière
la porte – il est à présent
le plus pur prisonnier des nuages et il s’appelle
la foudre
il existe une cérémonie pour l’enterrer
tu le reconnaîtras cet ermite entre les grains du papier
j’ai aboli la durée des choses
rassemblé l’éternité des branches
- les branches qui troquaient les
les moineaux contre
du sel de ténèbres –
leur chant levait puis c’était le pain rompu
les salines s’en souviennent qui furent
déchirées par des griffes
légendaires Quand tu écriras
ce sera le matin appuyé sur la nuit
le temps sera blessé
il marchera en soutenant la hanche
de la terre
la présence immédiate sera une voix
coupante Ton timbre
de roche ruisselant Cette île
dans le corps
falaise des Sanguinaires – ce sera toi
quand ta poitrine sera remplie
de cascades sans âge
de vestiges solaires – un rite s’offre par ici –
une sorcellerie de ruines splendides
alors danse pieds nus dans les pailles
avec les brochets vifs Que ton âme nage
sur le corps de la lumière
aux parois de grès
et de destin
cette nuit je l’ai vue se lever mon enfance
elle que je croyais emportée par le torrent de l’habitude
d’Être
viendras-tu avec les disparus pour ne pas mentir ?
dire le peu que tu sais : comment tu l’as vue
si vivante – la nuit du Yabboq ?
viendras-tu couvrir ta bouche d’un or amer
afin de parler juste – comme après un adieu
comme après le silence là-haut
des sentinelles
atteintes par le désert ?
(…)
Sylvie-E. SALICETTI Et quand tu écriras Editions La Porte 2015
20:33 | Lien permanent | Françoise

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