02.06.2021
Envoi n°481. Janine MODLINGER "RETOUR AU LIEU"
RETOUR AU LIEU
C’est exactement l’endroit où elle voulait être. Là. Un chalet,
des neiges, un arbre aux branches désolées revêtues de
blanc.
Derrière les vitres, les neiges, l’arbre.
En face d’elle, près de la table, l’homme.
C’est comme si toutes les routes parcourues, les chemins de
désolation ou de joie, c’est comme si tout convergeait vers
ce moment unique, ce temps blanc, émerveillé.
p.95
Maintenant, Cela advient. Un effleurement, un léger mouve-
ment sur sa peau, l’éclat d’un feu.
Caresse venue comme une écriture, comme des lettres tra-
cées là sur sa peau, esquissées. Inoubliables.
Oui, gravées pour toujours, au-delà de la vie et de la mort.
Elle s’était légèrement tournée pour recevoir cette rosée sur
ses bras son visage.
Le lendemain, elle lui dit : « tu es ma Source, ma Source
d’eau vive, l’eau qui me fait écrire. »
« Sans cette eau, je meurs.
De solitude, d’épouvante. »
p.96
Salutation. C’est cela. Elle salue la splendeur. Elle sort de la
chambre,
son premier regard sur les neiges là-haut est comme une
prière.
Toute sa vie ainsi, saluer, prier, se faire accueil.
Infinie est la moisson. Ici et là, sables, mer, villes, tous ces
chemins parcourus. La prodigalité du visible.
Elle salue. Une allégresse subtile à l’intime, une gratitude.
Elle continue dans la blancheur, dans le ravissement de ce
blanc.
Poudrés de neige, les sapins rassemblés sur les pentes
offrent leur silence, leur quiétude.
Elle va, juste le temps d’oublier que même ici, dans cet éclat,
la douleur est là, la douleur inextinguible.
p.97
(…)
Janine MODLINGER in Revue ARPA Naître au monde N°129-130,
octobre 2020
* Janine Modlinger dans « Vous prendrez bien un poème ? » : Courrier des lecteurs n°20 ;
envoi n°359 « Profusion » ; envoi n°360 « Nous avons marché » ; envoi n°394
« Ma demeure est le présent » ; envoi n°395 « Si grande, la beauté, … ».
17:04 | Lien permanent | Françoise

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