29.12.2021
Envoi n°508. Max ALHAU LE VERTIGE, L'ESPOIR
LE VERTIGE, L’ESPOIR
A côtoyer les obstacles,
on se rend compte
que l’avenir n’est qu’un mot
en suspens pesant à peine
sur une vie qui bascule
vers des temps sans lendemain.
Pour Annie
La lointaine, l’en allée
quels mots seraient à même
de résilier son départ ?
Même la mémoire défaille :
son corps, son nom habitent
d’autres galaxies. Un jour
le temps ne se comptera plus
et nous continuerons à nous ignorer
sans jamais nous rejoindre,
puisqu’il en est ainsi de tout destin.
Le vent pourra te surprendre
alors que tu seras au bord du chemin à guetter
celle qui s’évade souvent de son nom.
Tu attendras que cesse la pluie
pour courir au plus près de son ombre,
pour recueillir quelques mots
laissés en marge d’un carnet
trop tôt égaré sans que te pèse
cette attente jamais comblée
et toi jamais déçu
par ce qui n’est que lueur.
(...)
Max ALHAU in ARPA Revue de Poésie N°132, juin 2021. http://www.arpa-poesie.fr/Nous.html
* Max Alhau dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°48 & 49 « Vraisemblance du feu » in « Poètes de SUD », éditions Rijois, 1978 ; envoi n°507 : « Prendre congé » in Revue « Diérèse » N°79 http://revuepoesie.hautetfort.com/
Anthologie en ligne http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/
18:48 | Lien permanent | Françoise
22.12.2021
Envoi n°507. Max Alhau "Prendre congé"
Prendre congé
Il y a ces instants qui tanguent
avant d’aborder on ne sait quel port,
avant de mesurer nos forces
pour des travaux minuscules.
On croit que tout est encore possible
comme le surgissement d’un jour de printemps
parmi les neiges ou un visage englouti
qui avive soudain la mémoire.
Mais rien ne recommence :
on s’incline face au vent
et l’on poursuit vers des terres
jamais nommées, toujours lointaines.
xxx
Tu ne sais où prendre place
sinon à côté de ce que tu fus.
A côté de celle qui a pris congé
de son nom, qui s’attarde
dans un temps libre désormais
de toute éternité.
Il faut bien rendre justice
à cette vie qui n’est que l’écho
d’une parole jamais achevée.
xxx
(...)
Max ALHAU in Revue Diérèse, poésie & littérature, N°79, été-automne 2020, pp.105-106. http://diereseetlesdeuxsiciles.hautetfort.com
* Max Alhau dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°48 & 49 « Vraisemblance du feu » in « Poètes de SUD », éditions Rijois, 1978.
Anthologie en ligne http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/
14:39 | Lien permanent | Françoise
15.12.2021
Envoi n°506. Hommage à Odile Caradec, avec deux illustrations de Claudine Goux.
Ô la fenêtre qui s’ouvrait d’un seul coup
parce que la vue sur la montagne était trop belle
Ô la nuit amoureuse
les longs serpents de baisers dans les chambres
les petits déjeuners flamboyants, richissimes
Ô le courage pour toute la vie
la bravoure et le chant du cœur
Ô le tapis immense et chaud
La mer entrait par les vaisseaux du cœur
elle s’y trouvait chez elle
comme en maison natale
ü
Un amour qui déborde
un souvenir de larmes
et des arbres qui bruissent
près d’une maison tendre
A l’intérieur de moi
c’est chaud comme un vitrail
La brume enténèbre le cœur
Les arbres grandissent à chaque instant
Noël – les jours vont devenir des bougies
de plus en plus hautes
Nous allons avoir autant d’espace
que nous en désirions dans nos rêves
de musaraigne, de fennec aux yeux écartés
Je me penche sur les feuilles mordues par le gel
-- feuilles sont étoiles lointaines –
bientôt la neige me fera dériver vers la poésie
la mort est un grand manteau blanc
sans un pli sans une ombre
les ombrages de la mort sont dans les mains des
morts
Odile Caradec République Terre/Republik Erde, traduits en allemand
par Rüdiger Fischer, illustrations de Claudine Goux, édition bilingue Odile Verlag, 2013.
Le poète doit être entouré de bêtes domestiques
un museau d’âne fait ombre
sur le mur où il trace ses signes
Le chat roule parmi les feutres
le chien ondoie vers le feu
Le poète est un animal si peu sûr de lui-même
qu’il ouvre et ferme toutes issues vers l’autre rive
L’araignée rousse a écrit dans sa main
un signe cabalistique
Sur son front un ver intermittent clignote
Odile Caradec Claudine Goux Les Moines solaires,
préface de Martine Lamy, Éditions Associatives Clapàs, 2002
ü
Le Cheval étoilé
Pas rencontré âme qui vive
sauf âme chevaline
Œil tendre dans lequel je vois
mon corps entier
prêt à bondir par-dessus la montagne
Grand Œil, grande Narine
mes mains retiennent tout le foin du monde pour toi
Odile Caradec Claudine Goux Le Cheval étoilé in Les Moines solaires,
préface de Martine Lamy, Éditions Associatives Clapàs, 2002.
18:54 | Lien permanent | Françoise
