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07.09.2022

Envoi n°543 .Françoise VIGNET "Du Passage".

à Claude, mon amoureux de mari, i.m.

Du Passage

      Tu es passé de vie à trépas. Trépassé.

Ô mon amour, j’ai mal à toi – comme l’amputée à un membre ôté.

 

     Néant, éternité, ... Mais où es-tu passé ?

Seule certitude : ton absence à jamais.

     De temps à autre cependant, tu apparais, passant mystérieux quoique familier, dans mes rêves.

     Il y a peu, cavalier à cheval, tu t’élançais dans les airs lumineux du haut d’une falaise abrupte jusqu’au profond de la mer étincelante.

Echappée vers l’éternité ?

 

     Plus récemment, tu regagnais la maison, à la main un tapis d’Orient, chatoyant, de soie blanche et bleue.

Offrande de frontalier.

     Mes rêves seraient-ils passerelles – ces légers ponts de corde, oscillants, jetés par-dessus les abîmes... et les royaumes...

     vers la fluidité d’un monde d’avant les mots, où tout est silence, où l’espace est transparent, où l’émerveillement est sans commencement ni fin,

     là où, toute frontière abolie, tu m’emmènes.

     Soudain, passage à vide. Effroi.

S’inspirer du pont de corde – à parcourir sans baisser les yeux,

sinon le vertige saisit le corps, tourne la tête.

 

Garder le regard tendu droit devant soi.

Poser un pied lentement, puis l’autre.

Aller de l’avant, pas à pas, sans savoir où...

 

Poursuivre

peut-être cette lumière

qui aima nous accompagner.

    

     Passage en surplomb : changement de perspective.

Ta mort donne à notre vie, désormais scellée, son relief singulier, sa brillance unique.

De ta mort - qui signe notre mort – à la mienne,

s’esquisse cet entre-deux à traverser,

 

brisure à fouir.

 

Avec mes mots rétifs,

je me tiens dans l’entr’ouvert.

 

Françoise VIGNET  Le Sabot de Vénus précédé de Implorations minuscules éditions Alcyone, 2022.

  • Françoise VIGNET dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n° 541, extraits de « Implorations minuscules » & 542, extraits de « Le Sabot de Vénus ».

19:34 | Lien permanent | Françoise

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