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13.12.2023

Envoi n°598. Hommage (2) à Jean-François Mathé (30 mai 1950-29 novembre 2023).

Parfois un regard de femme

se lasse du ciel.

Alors des nuages viennent,

descendent si près de son visage

que parmi la pluie

elle pourrait choisir ses larmes.

 

         Jean-François Mathé  Retenu par ce qui s’en va. Editions Folle Avoine. 2015

 

La main que j'avais enlevée

revient se poser sur le cœur

sans plus y peser qu'une fleur

par les battements soulevée.

 

 

Inquiète, la main vérifie

que mon sommeil n'est pas la mort,

que ma vie poursuit son effort

sans savoir ce qu'il signifie,

 

 

comme celui de l'eau, du vent

qui n'emportent au loin qu'eux-mêmes

et abandonnent ce qu'ils aiment

pour mieux l'aimer en le rêvant.

 

      Jean-François Mathé Vivre au bord, Arpa N°104, Revue de Poésie, juin 2012.

 

Chanson de l’amour.

Tous ces fardeaux dans les nuages

tu les as faits tiens, mais crois-moi,

libre est le jour, comme un visage

que n’a pas regardé le roi.

Nuages, rois sont de passage,

nous restons ici toi et moi.

 

Aimons-nous sans ta chanson grise

qui mêle la pluie à l’amour.

Blancheur des lilas, des chemises

fleurissent encore et toujours

et mieux que je ne dis te disent

qu’il n’est que soleil dans l’amour.

 

Ne pleure plus, vois d’un œil sec

comment chaque oiseau se désaile

pour n’être qu’une pointe, un bec

qui cloue aux cœurs un peu du ciel.

Ce brin d’azur, partons avec

vers de graves péchés véniels.

 

      Jean-François Mathé Chansons sans en avoir l’air  in Revue Décharge 166. Juin 2015.

 

Chaque nuit devant ma porte

revient se coucher le même chemin.

 

Chaque matin il attend

que mes souliers lents

avec eux l’emmènent.

 

Et derrière moi,

pour me remercier,

je sais qu’à mon ombre

il apprend la danse

et le cloche-pied.

 

     Jean-François Mathé  Retenu par ce qui s’en va. Editions Folle Avoine. 2015

 

 

Le jour ne s’ouvre

qu’à la respiration

que nous glissons en lui,

 

au souffle qui lui prend et lui rend

ce qu’il a de plus léger à offrir

et pour en offrir plus,

il agrandit parfois l’espace

entre la terre et le ciel.

 

Quand le souffle nous manque,

le jour nous quitte.

 

Mais à la nuit

la première lampe qui s’allume

semble être, comme surgie d’un vase,

la dernière fleur

que nous avions cueillie en plein soleil.

 

     Jean-François Mathé Vivre au bord in Prendre et Perdre. Editions Rougerie. 2018.

 

L’ombre du chat passait.

Mais le chat était mort hier.

 

L’heure qui sonnait

était aussi d’hier

comme si seulement

ce qui n’était plus

faisait encore semblant

de vivre aujourd’hui

autour de moi

pourquoi vivant ?

 

Je suis allé

jusqu’au mur du fond de la chambre.

J’y attends pour sortir

la porte qui parfois s’absente.

 

         Jean-François Mathé  Retenu par ce qui s’en va. Editions Folle Avoine. 2015

 

A la fin du bal où seuls et longtemps nous avons dansé,

que sont devenus ta robe, ton corps ?

 

Que reste-t-il de ce que j’ai étreint de toi,

l’étoffe, la chair et ce qu’il y avait entre elles

d’encore plus beau et offert en secret ?

 

Ce qui était invisible et très doux

comme un parfum que tu ne dédiais qu’à l’amour

avant que le temps ne le trouve pour l’emporter

en m’en laissant souvenir et désir.

 

     Jean-François Mathé Débuts de dénouements  in Prendre et Perdre. Editions Rougerie. 2018.

 

 

Pour trouver du bonheur dans le temps qui reste,

je regarde tout sauf le ciel.

 

Le ciel, je le regarderai

quand le moment sera venu pour mes yeux

d’être recueillis par un nuage

qui aura détaché du monde

le désir d’y vivre.

 

     Jean-François Mathé Débuts de dénouements  in Prendre et Perdre. Editions Rougerie. 2018.

 

*  Jean-François Mathé dans "Vous prendrez bien un (petit) poème ? " : envoi n°127 "Le soir vient d'abord dans les voix..." & envoi n°128 " La main que j'avais enlevée..."in revue ARPA n°104, juin 2012 ; envoi n°223 "Chanson des larmes" & envoi n° 224 « Chanson de l’amour », extraits de « Chansons sans en avoir l’air », in revue Décharge n°166, juin 2015 ; envoi n°253 « Si petites, soyez-vous, espérances, … » & envoi n°254 « Chaque nuit devant ma porte... », extraits de « Retenu par ce qui s’en va », éditions Folle Avoine, 2015 ; envoi n°384 « Le jour ne s’ouvre... » & envoi n°385 « Ce que j’ai chanté de mes nuits », extraits de « Prendre et Perdre », éditions Rougerie 2018.

 

 

 

 

23:20 | Lien permanent | Françoise

06.12.2023

Envoi n°597. Hommage à Jean-François Mathé (30 mai 1950 - 29 novembre 2023).

 

 

Ce que j’ai chanté de mes nuits,

étoiles et quartiers de lune,

j’ai tout jeté en vrac dans l’une

dont l’ombre épousait mon ennui.

 

Qu’importe ce qu’il adviendra

de mes vieux refrains enrayés.

J’ai trop vécu mal éveillé

à mal dormir dans de beaux draps.

 

Funambule sur fil du temps,

j’ai fait tous mes pas de travers

au point de tomber dans l’hiver

au lieu d’entrer dans le printemps.

 

Et de ce que le monde donne

à partager, les fleurs, les coups,

comme les autres, j’eus les coups

car les fleurs ne sont pour personne.

 

Jean-François Mathé Passages entre chien et loup in Prendre et Perdre. Editions Rougerie. 2018.

 

Si petites soyez-vous, espérances,

nous entendons battre vos portes

entre deux battements du cœur

et toujours vers vous nous esquissons un pas.

 

Mais les battements suivants du cœur

à force vous effacent

et nous renvoient au même chemin

comme si nous devions enfermer

nos rêves dans ses pierres.

 

Et marcher en les oubliant.

 

 

Jean-François Mathé  Retenu par ce qui s’en va. Editions Folle Avoine. 2015

 

 

     Chanson des larmes

Les étoiles sont trop figées

pour devenir larmes qui coulent.

Leur faudrait mes yeux affligés

qui voudraient bien qu’enfin s’écoule

en perles claires, voire en houle

toute cette peine que j’ai.

 

Au lieu de larmes, des étoiles

ça me semblerait  élégant :

j’aurais mouchoir de fine toile

pour les recevoir dignement,

les voir s’éteindre doucement

le temps que le chagrin se voile…

 

Mais je redeviendrais moi-même,

passant tout mon temps à chanter

sans atteindre le chant lui-même :

toujours s’éloigne ce qu’on aime

même retenu embrassé.

A quoi bon les larmes qu’on sème,

 

d’autres seront à amasser

et demain comme hier les mêmes.

 

Jean-François Mathé Chansons sans en avoir l’air  in Revue Décharge 166. Juin 2015.

 

Le soir vient d'abord dans les voix

poser sur chaque mot une ombre.

Comment le jour s'éteint et sombre

on l'entend plus qu'on ne le voit.

 

Des derniers mots que l'ombre happe,

comme on retient parfois du vent,

je retiens la lueur avant

qu'à tout jamais elle s'échappe.

 

Et j'emporte, allumette ou braise,

de quoi démêler de la nuit

les murmures qui s'y ennuient

et les poèmes qui s'y taisent.

 

     Jean-François Mathé in VIVRE AU BORD, ARPA, Revue de Poésie, N°104.

 

*  Jean-François Mathé dans "Vous prendrez bien un (petit) poème ? " : envoi n°127 "Le soir vient d'abord dans les voix..." & envoi n°128 " La main que j'avais enlevée..."in revue ARPA n°104, juin 2012 ; envoi n°223 "Chanson des larmes" & envoi n° 224 « Chanson de l’amour », extraits de « Chansons sans en avoir l’air », in revue Décharge n°166, juin 2015 ; envoi n°253 « Si petites, soyez-vous, espérances, … » & envoi n°254 « Chaque nuit devant ma porte... », extraits de « Retenu par ce qui s’en va », éditions Folle Avoine, 2015 ; envoi n°384 « Le jour ne s’ouvre... » & envoi n°385 « Ce que j’ai chanté de mes nuits », extraits de « Prendre et Perdre », éditions Rougerie 2018.

 

 

 

 

 

23:07 | Lien permanent | Françoise