31.01.2024
Envoi n°601. Josette Ségura "La Pêche du Moura", extrait 1.
"Tu sais que toujours
un parmi nous
s'absente
pour habiter sa clarté"
Thierry Metz
I.
Rien n’arrive jamais chez Fabien Cazaux, le vent passe sous les portes, soulève la poussière, la lumière entre à l’est puis au sud et la nuit tombe. Sa femme est partie à la Toussaint, elle ne supportait plus le bruit du vent dans les pins de la lande, ni ce silence, cette vie d’eau dormante qu’un léger foehn pourtant parfois troublait. Elle partit sous la lumière de novembre vers un hiver où oublier cet homme, cette immobilité, ce vent.
Chaque jour est dominical, tout repose et le vent paraît comprendre, lui, et aimer cela. Fabien Cazaux n’attend plus rien dans cette paix que menace le feu noir de l’été.
II.
Chaque été, la saison le défait et ce présent n’étant que ruines, qu’ombre et lumière vive sur ces ruines, il se souvient de son enfance où tremble encore la lumière des étés comme une source de la mémoire. Lumière du vin confié à la fraîcheur du puits, petite lampe de juillet qui brasillait à l’ombre de la terre, faisait de ce puits une chapelle où le ciel descendait pour les moissons. Miroitement des poissons le jour de la pêche du Moura ; tout le village se déplaçait, on vidait l’étang une fois par an, les femmes parlaient et riaient dans la campagne, les enfants suivaient, chaque panier était plein d’étoiles au bout du chemin ombragé le long de la rivière, bien après le moulin, bien après les vastes prairies cernées d’arbres et de haies, ces lieux d’apparition ; l’image n’était-elle pas déjà dans ces éclats ?
(...)
Josette SéGURA La pêche du Moura, éditions de l’Arbre, 1998.
https://www.lecteurs.com/editeur/fenixx-reedition-numeriq...
*Josette Ségura dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°50 & 51, extraits de « Le Pas de l’ange », éditions Voix d’encre, 2002 ; envois n°146 & 147, extraits de « Dans la main du jour », éditions Editinter, 2013 ; envois n°316 & 317, extraits de « Jours avec », éditions Editinter, 2017 ; envoi n°524 & 525, extraits de « Avec les heures », éditions Illador, 2021.
15:40 | Lien permanent | Françoise
24.01.2024
Envoi n°600. Gérard Bocholier "Par l'étroite fenêtre / Entre le pays ruisselant/ ..."
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Par l’étroite fenêtre
Entre le pays ruisselant
Sous les poutres
Ainsi dans le poème
Une visitation
De grâce et de rosée
ü
Il voudrait que l’on retienne
De sa vie
Le plus intime
Que ne s’effacent pas tout à fait
L’empreinte laissée par les lys
La vue poignante
Des épaules
Des hanches
De la Beauté
ü
Le poète pourrait traduire
Cette langue de boue et d’ombre
Peut-être à force d’aigus silences
De mots saisis
Au bout des racines
Que l’encre vient tôt recouvrir
ü
Seule une langue d’air
Et de fumée
Aurait pu dire cette gloire
Limpide des jardins
Selon le jour montant
Encensée de pollens
ü
(...)
Gérard BOCHOLIER Une échancrure II. in Vers le visage, en couverture L’échappée lumineuse, huile sur toile de Marie Alloy, éditions Le Silence qui roule,
collection Poésie du silence, Marie Alloy, 26, rue du Chat qui dort, 45190 Beaugency, 2023
- Gérard Bocholier dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°25 « Paysages du Poème » & 26 « La lumière qui soudain coule… » in « Abîmes cachés », éditions « L’Arrière-pays », 2010 ; envois n°295 « Cinéma » & 296 « Seuil », extraits de « Le Village emporté », éditions « L’Arrière-pays », 2013 ; Courrier des lecteurs n°67 : « Les nuages de l’âme. Journal », éditions Petra, 2016 ; Courrier des lecteurs n°102 : « Une brûlante usure. Journal », couverture « Sous l’écorce », peinture de Marie Alloy, collection Les Cahiers du Silence, éditions Le Silence qui roule, 2020 ; envois n° 599 & 600 : extraits de « Vers le visage », « Veilles I. » & «Une échancrure II. », éditions « Le Silence qui roule », 2023.
23:23 | Lien permanent | Françoise
17.01.2024
Envoi n°599. Gérard Bocholier "Quittez la chambre / Fermez les livres/..."
Quittez la chambre
Fermez les livres
L’éternité reste à boire
Comme un vin doux
Sur les terrasses
ü
Je suis le Pauvre dis-tu
Je lave dans la rosée
Les âmes fatiguées
Vous êtes l’espérance
De mon éternité
ü
Par le caillou
Qui l’a frappé
Les vêtements
Que je gardais
J’ai supplié
ü
Sur le sable des belles heures
Mes pas
Sont plus légers
J’ai charge
D’invisible
ü
Mon écheveau
Depuis l’enfance
Tout emmêlé
Comment tirer le fil
Du vrai repos
Du vrai silence ?
ü
(...)
Gérard BOCHOLIER Veilles I. in Vers le visage, en couverture L’échappée lumineuse, huile sur toile de Marie Alloy, éditions Le Silence qui roule, collection Poésie du silence, Marie Alloy, 26, rue du Chat qui dort, 45190 Beaugency, 2023
- Gérard Bocholier dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envois n°25 « Paysages du Poème » & 26 « La lumière qui soudain coule… » in « Abîmes cachés », éditions « L’Arrière-pays », 2010 ; envois n°295 « Cinéma » & 296 « Seuil », extraits de « Le Village emporté », éditions « L’Arrière-pays », 2013 ; Courrier des lecteurs n°67 : « Les nuages de l’âme. Journal », éditions Petra, 2016 ; Courrier des lecteurs n°102 : « Une brûlante usure. Journal », couverture « Sous l’écorce », peinture de Marie Alloy, collection Les Cahiers du Silence, éditions Le Silence qui roule, 2020.
23:28 | Lien permanent | Françoise
