11.06.2025
Envoi n°661. Raphaële George "Tu ne sais pas arrêter le temps..."
Tu ne sais pas arrêter le temps
je ne te l’ai jamais appris
et je ne sais pas moi écrire sans regarder mes mots
s’aligner sur la page.
Ni toi, ni moi ne sommes sorties de la nuit.
Il y a quelque chose d’indécent à cela, car pour se
comprendre il nous faut nous mettre à nu, non pas
comme si le temps s’absentait, mais dans une parenthèse
musicale où la même douleur, la même émotion nous
sont ressenties lorsque le morceau aimé repasse sur le
même sillon. C’est ce sillon qui nous le fait exister et à ce
bâillement nous pouvons nous entrevoir.
*
Tu as les mains trop petites,
trop sèches, lézardées par mille actes accomplis avant ta
naissance.
*
Tu as le regard blessé, aveugle comme Eudipe dont tu
répètes le même halètement dans le désert, dans ce désert
où même la soif t’a quittée.
*
Sans cesse un animal erre en toi
empêchant que tu ne t’endormes tout à fait.
*
(...)
Raphaële George (1951-1985) En écrivant la vie me quitte Carnet Editions Unes, 2025.
https://www.raphaelegeorge.fr/2014/11/presentation.html
*Raphaële George dans « Vous prendrez bien un poème ? » : Courrier des lecteurs n°147, février 2025 (cf. envoi n°660) ; envois n°660 & 661 : extraits de « En écrivant la vie me quitte. Carnet », éditions Unes, 2025, pages 7, 8 & 11, 12
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