28.01.2026
Envoi n°690. Colette Gibelin "Que la mer vous ressemble, mes amis, mes amours."
Que la mer vous ressemble, mes amis, mes amours. Une étrange lumière sèche nous enveloppe. Pas d’attendrissement : nous sommes allés trop loin pour reculer.
Insurrection. Je vous refuse. J’invente des clartés sauvages, j’invente des espaces brûlés, des champignons d’extase et la mort est au bout. Je délire. Je lance la nuit dans les mimosas.
Je m’apaise. Tendresse démesurée pour l’aube, pour rien. Pour ta voix, mon amie. Je t’attends à travers la poussière.
Nuit d’ocre bleue, mauve, friable, nuit dont je ne retrouve que le temps nul. Une joie vulnérable, blessée par les jonquilles. Nous oublierons, je sais.
J’efface. Je marche dans les épines. Je pleure pour rire. Je ris. Toutes ces paroles plus vides qu’une roseraie inoccupée.
Un regard qui me gicle aux lèvres, comme un épi salé par l’eau de mer. Je t’attends, mon ami. Je n’attends rien de toi. Toutes les épaules sont de sable et l’on ne peut jamais se reposer.
Une telle fatigue ! Des paysages dévastés, immensément vides. Pas un point de repère contre la peur. Pas même toi.
Je parle de silence. J’appelle le soleil de mes bras tendus vers d’autres paysages, plus humains. Je t’appelle, mon amie. Mais le soleil est-il jamais rien d’autre que l’envers du malaise ?
Comme s’il suffisait d’un regard pour que le monde se remette à tourner !
Je vous refuse. Nous ne pouvons vivre dans l’effritement.
Colette GIBELIN inédit in Poésie 1 La nouvelle poésie féminine, présentée par Gisèle Halimi et Jean Breton, janvier-avril 1975, N° 39/40, 70, rue du Cherche-Midi, 75006 Paris
* Colette GIBELIN dans "Vous prendrez bien un poème ?" : envois n° 689 & 690 : Poésie 1 La nouvelle poésie féminine, présentée par Gisèle Halimi et Jean Breton, janvier-avril 1975, N° 39/40, 70, rue du Cherche-Midi, 75006 Paris
17:25 | Lien permanent | Françoise

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