26.09.2012
Envoi n°79. Béatrice Bonhomme-Villani "Passage du passereau"
Passage du passereau.
Le passereau est un passer-moineau, un petit oiseau de l'ordre de ceux qui passent et traversent, fuselés, la vie précaire.
Le passereau est éphémère, il est passe-fleur, passiflore, passionné comme l'anémone qui vibre en plein-vent d'étincelles.
Ses poumons sont d'oiseau éphémère, les bronchioles se ramifient dans le tissu pulmonaire, le traversent et se prolongent par des sacs aériens qui sont tissus d'or et de songes dans le souffle des nuages.
Le passereau passe le souffle dans le syrinx de son chant comme message d'un ciel si proche et comme essor de passage.
Volatilia, matière volatile évaporée dans la fibre du monde, il vole dans l'obscurité de la nuit comme dans la clarté du jour.
Il taille dans les ailes et les airs jusqu'à trouver la forme juste d'un anniversaire de feuilles.
Il est le souffle de la nuit qui se heurte contre la paroi des fleurs.
Il tourne tout autour de la table des morts et, en veillée funéraire, s'incruste dans le vitrail.
Son oeil de verre rouge irise la couleur.
Sur la neige ne demeure que l'étroite empreinte de sa fine patte de passereau posée sur le mouron des tombes.
Il passe oiseau éphémère comme la précarité de l'amour.
Pour moi, le passereau est bleu, mais je ne sais pas trop sa couleur. Il est bleu comme l'oiseau d'enfance et souffre-douleur d'amour.
Pour moi, le passereau est rouge, mais je ne sais pas sa couleur. Ensanglanté des stigmates de pluie, il traverse les larmes.
Pour moi, le passereau est gris, car je sais trop bien sa couleur. Il passe en glissade légère les ailes étendues, discret, il passe dans la vie précaire.
Et dans les plantes aromatiques, la myrrhe d'un étrange berceau, il passe et renaît, passereau, oiseau de cendre et de lumière.
Béatrice Bonhomme-Villani Passant de la lumière Editions L'Arrière-Pays 2008(¬ice).
-
Le poète dédie ce recueil à son père, Mario Villani (1916-2006), peintre. "Ne désirant pas que son oeuvre soit exposée de son vivant, il en a confié le soin à sa famille."
-
Béatrice Bonhomme-Villani "anime avec Hervé Bosio, depuis 14 ans, la revue Nu(e) qui a fait paraître 40 numéros sur des poètes ou des artistes contemporains."(Gaston Puel, Bernard Noël,...).
-
"(Elle) a également fondé avec Jean-Yves Masson la Société des Lecteurs de Pierre Jean Jouve."
13:42 | Lien permanent | Françoise
19.09.2012
Envoi n°78. Béatrice Bonhomme-Villani "Dans les silences du passeur."
DANS LES SILENCES DU PASSEUR.
La pluie réveille les veines de la terre et, de nouveau, le sang afflue au cœur dans l'odeur chaude et mouillée du lichen.
On sent le cœur de la terre battre sa folie de limon. Les ciels rincent leur pinceau de bleu et entremêlent les gris. Dans la toile marouflée, une pointe de lumière aiguise son pastel.
L'oiseau pose sa tête menue contre le vitrail et il s'incruste dans la couleur. D'un côté, puis de l'autre de la fenêtre, ses ailes flottent une ombre de velours et volètent plus loin, cherchant à pénétrer vers la lumière.
Sur la tombe, on s'est assis dans la caresse familière de cette pierre où tu silences. La croix compose une marqueterie de lichen comme les majoliques de Naples et l'on pense à la berceuse de ta voix lorsque tu fredonnais l'enfance.
Tu étais le passeur des deux rives et, dans tes mains de feuilles, les toiles tissaient la dentelle d'un doux berceau de voilage.
Tu avais dans tes mains le monde et tu nous l'offrais en présent comme un pigment bleu sur la fresque. Les petites feuilles rouges sur l'avancée de ta fenêtre abritaient le gâteau nidifié d'une hirondelle.
Désormais tu fais silence au creux des pierres. Le feuilleté du temps semble t'avoir emmuré malgré la fluidité de ta lumière.
Mais ton regard demeure le cœur battant du paysage et ton regard de sureau poursuit à travers le temps la nuance nécessaire de la lumière.
Béatrice Bonhomme-Villani Passant de la lumière Editions L'Arrière-Pays. 2008
*Le poète dédie ce recueil à son père, Mario Villani (1916-2006), peintre.
18:05 | Lien permanent | Françoise
12.09.2012
Envoi n°77. Hölderlin "Proche et d'accès pénible le dieu..."
PATMOS
Proche et
D'accès pénible, le dieu.
Mais où est péril grandit
Aussi secours.
Dans l'ombre gitent
Les aigles et pour franchir
L'abîme, les fils des Alpes s'en vont sans peur
Sur d'aériennes passerelles.
Et puisqu'autour s'amassent
Les cimes du temps
Et que vivent ceux qu'on aime tout près, mais seuls et las
Sur ces monts séparés,
Donne-nous ces eaux pures,
Oh, donne à nos voeux fidèles l'aile
Qui là-bas nous mène et nous ramène ici.
(…)
Johann Christian Friedrich Hölderlin (1770-1843) in HÖLDERLIN.
Etude et présentation par Rudolph Leonhard et Robert Rovini. Editions Pierre Seghers. Collection Poètes d'aujourd'hui.1963.
23:51 | Lien permanent | Françoise
