30.07.2014
Envoi n°166. Maximine "Air d'aimer"
AIR D'AIMER
Tel amour plus jeune que moi
Jamais je ne l'eusse espéré
La vie parfois vous fait pleurer
Quelquefois vous charrie de joie
Charrie de charme et de grandeur
Un bel amour comme au début
Pas eu le mal de n'aimer plus
Su que l'élan de la douceur
Mon amour me bourre le cœur
De songes anciens qui reviennent
Sans illusions je me sens tienne
C'est l’écho du plus clair bonheur
Maximine
20-07-2011 pour Thauma
Thauma, Revue de philosophie et de poésie. L'Air.Numéro 9. Janvier 2012. 28, rue Beaubourg. 75003. Paris.
23:55 | Lien permanent | Françoise
23.07.2014
Envoi n°165. René de Obaldia "Le plus beau vers de la langue française"
LE PLUS BEAU VERS DE LA LANGUE FRANÇAISE
« Le geai gélatineux geignait dans le jasmin »
Voici, mes zinfints
Sans en avoir l'air
Le plus beau vers
De la langue française.
Ai, eu, ai, in
Le geai gélatineux geignait dans le jasmin...
Le poite aurait pu dire
Tout à son aise :
« Le geai volumineux picorait des pois fins »
Eh bien ! non, mes zinfints.
Le poite qui a du génie
Jusque dans son délire
D'une main moite
A écrit :
« C'était l'heure divine où, sous le ciel gamin,
LE GEAI GELATINEUX GEIGNAIT DANS LE JASMIN. »
Gé, gé, gé, les gé expirent dans le ji.
Là, le geai est agi
Par le génie du poite
Du poite qui s'identifie
A l'oiseau sorti de son nid
Sorti de sa ouate.
Quel galop !
Quel train dans le soupir !
Quel élan souterrain !
Quand vous serez grinds
Mes zinfints
Et que vous aurez une petite amie anglaise
Vous pourrez murmurer
A son oreille dénaturée
Ce vers, le plus beau de la langue française
Et qui vient tout droit du gallo-romain :
«Le geai gélatineux geignait dans le jasmin. »
Admirez comme
Voyelles et consonnes sont étroitement liées
Les zunes zappuyant les zuns de leurs zailes.
Admirez aussi, mes zinfints,
Ces gé à vif
Ces gé sans fin
Tous ces gé zingénus qui sonnent comme un glas :
Le geai géla... « Blaise ! Trois heures de retenue.
Motif :
Tape le rythme avec son soulier froid
Sur la tête nue de son voisin.
Me copierez cent fois :
Le geai gélatineux geignait dans le jasmin. »
René de Obaldia Innocentines Grasset in Anthologie de la poésie française du XXè siècle.
Nrf Poésie/Gallimard.2011 (première édition 2000).
23:31 | Lien permanent | Françoise
16.07.2014
Envoi n°164. Jacques Tornay "Vivre n'est pas suffisant"
VIVRE N'EST PAS SUFFISANT
Laisse le hasard en disposer à sa guise.
Ne fais pas semblant de maîtriser les choses.
Vivre n'est pas suffisant et mourir est de trop,
cela au moins nous le savons
et aussi que toutes les étoiles se reflètent
dans l'eau d'un baquet.
Agite une main à l'adresse du vent,
dis-lui : frère d'en haut, dorénavant
nous sommes deux à n'être que de passage.
Installe-toi dans l'évasif, le probable,
module un refrain qui parle d'avoine
ou n'importe quelle chanson apprise au temps lointain
où l'âme vibrait par dessus les clairières, les monuments,
à travers la mémoire, sans obstacle qui la retienne.
Nous avons une voix pour le mûrissement du verbe.
Notre chance incroyable est la floraison et la récolte
effectuées dans le même instant.
Jacques Tornay Feuilles de présence. Éditions L'Arrière-Pays. 2006
20:22 | Lien permanent | Françoise
