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25.11.2015

Envoi n°229. René Char "La fauvette des roseaux"

 

                  

          LA  FAUVETTE  DES  ROSEAUX

 

      L’arbre le plus exposé à l’œil du fusil n’est pas un arbre pour son aile. La remuante est prévenue : elle se fera muette en le traversant. La perche de saule happée est à l’instant cédée par l’ongle de la fugitive. Mais dans la touffe de roseaux où elle amerrit, quelles cavatines ! C’est ici qu’elle chante, le monde entier le sait :

 

     Eté, rivière, espaces, amants dissimulés, toute une lune d’eau, la fauvette répète : « Libre, libre, libre, libre… »

 

     René Char L’Amitié se succède in Commune présence. Préface de Georges Blin, choix de poèmes. nrf. Gallimard.1964.

16:02 | Lien permanent | Françoise

18.11.2015

Envoi n°228. Pierre Peuchmaurd "Sur la table..."

 

                                  Sur la table

            la bougie -

     tout ce qu'il reste de l'orage

 

 

Pierre Peuchmaurd Vent des lanternes. Editions Pierre Mainard. 2014

22:22 | Lien permanent | Françoise

11.11.2015

Envoi n°227. Liliane Wouters "Testament"

TESTAMENT

                                      Pour Alain Bosquet

A l’enfant que je n’ai pas eu

mais que d’un homme je reçus

septante fois sept fois et davantage, à l’enfant sage

dont je formai le souffle et le visage

sept fois septante fois, dans un ventre pareil

au mien, par des nuits rouges de soleil,

par des jours cristallins d’aurore boréale,

à l’enfant dont je porte en moi les initiales

secrètes, ainsi que ton nom, Yahvé,

enfant conçu, toujours inachevé,

qu’on me fait, que je fais, à chaque fois que j’aime,

qui se défait en moi pour donner un poème,

à l’enfant qui ne viendra pas

clore mes yeux, choisir l’ultime drap,

marcher derrière mon poids d’os, de cendres,

me regarder dans la fosse descendre,

 à cet enfant je lègue devant Dieu, devant

 les hommes et mon chien, devant le jour vivant

(qui n’est que parce que je suis et qui mourra

comme je meurs) je lègue, pour autant que se pourra,

pour autant qu’il en fasse usage en lieu et place

de moi, ses père et mère en un seul être pris,

je lègue tous mes biens de chair, d’esprit,

de temps toujours compté et d’illusoire espace :

 

le coin de ciel que j’ai scruté en vain,

l’arpent de terre où j’usai mes semelles,

les quatre murs entre quoi je me tins,

les six cloisons qui me seront jumelles ;

 

l’argent qui m’est entre les doigts filé

-- pour le plaisir que j’eus à le répandre –

le faux savoir qu’on me crut refiler

-- pour le bonheur d’aussitôt désapprendre -- ;

 

Les jours passés que je n’ai pas vécus,

les jours vécus près desquels suis passée,

le temps mortel à quoi j’ai survécu,

l’heure éternelle et pourtant effacée ;

 

l’amour jeté dont j’ignorais le prix,

l’amour donné à qui ne sut le rendre,

l’amour offert qu’aussitôt je repris,

l’amour perdu qu’on voit dehors attendre.

(…)

Liliane Wouters Tous les chemins conduisent à la mer. Editions Les Eperonniers in Anthologie de la poésie française du XX° siècle. nrf  Poésie / Gallimard. 2011

 

 

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