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09.03.2016

Envoi n°244. Anne Certain "Un brin d'herbe..."

Un brin d’herbe

lance minuscule

A la pointe de son fer

une boule de rosée

une lanterne

lampyre en plein jour

 

S’en confuser

s’y incorporer

     *

Être cette fleur de ronce

au cou de l’automne roux

et qui s’acharne

à l’éclat de sa blancheur

Jamais elle ne sera mûre

sang

Elle y consent

     *

Être l’eau

toute à a sa course

affairée d’elle seule

ignorante

de sa mélodie

la lavant

la relavant

comme le galet

qu’elle fusèle

et qui est en elle

enté par son chant

 

Anne Certain Extraits de « Brumes d’aube »

in CRV31 Les Cahiers de la rue Ventura  9, rue Lino Ventura 72300 Sablé-sur-Sarthe.

Brumes d’aube  Anne Certain Éditions de Groutel  Collection Choisi

http://www.donner-a-voir.net/auteurs/auteur_certain.html

 

19:21 | Lien permanent | Françoise

02.03.2016

Envoi n°243. Anne Certain "Je suis ce chemin ourlé de boue..."

     Je suis ce chemin ourlé de boue, herbu sur son dos, qui va, qui passe et s’efface entre les arbres. Ma place est là au pied de ce chêne porte-nids, porte-ruches et qui hisse du fond du tréfonds de ses racines, à contre-courant, les flots cireux, puis le flux contrarié, puis la résille fine de sa sève jusqu’à la dernière feuille de sa cime, ultime estuaire à l’envers par où s’engouffre la lumière.

 

     Il y a en contrebas de moi, juste à l’aplomb de ma hanche, un précipice au fond duquel des sirènes fredonnent un chant d’abîme. Je m’agrippe à rien pour ne pas céder à mon corps perdu et, derrière mes paupières serrées, je vois se dilater et s’étrécir de grandes fleurs mauves. Dans un tiers de seconde, je pourrais ne plus sentir battre leur palpitation cardiaque, à ces anémones sous-marines, si je cède à mon pied qui me manque. Comme on tâte un rebord effondré, je mesure à quel point je ne puis plus vivre avec ce moi-même penché au-dessus du vide entêtant, ployé, aimanté par la découpe éblouie d’un bord dentelé de feuille sur un ciel sans appui.

 

     J’entends ronfler dans l’air qui vibre le vrombissement lointain d’un gros porteur invisible, bourdonnement festonnant mes étés outremer avec juste ce si long trait de rasoir incandescent.

 

     Même éraflure déchirante, l’enrouement de notes pures, le cristal pilé d’un chant de tourterelles au faîte du silence. Et la toujours dernière mesure suspendue.

 

     Anne Certain. Extrait de « La Gravité des nuages » in CRV 28. Les Cahiers de la rue Ventura, 9, rue Lino Ventura.72300 Sablé-sur-Sarthe.

 

18:18 | Lien permanent | Françoise