31.08.2016
Envoi n°265. Evelyne Vijaya " Je suis un faux"
JE SUIS UN FAUX
Je suis un faux
un raté
j’ai le corps d’un pays
qui n’est pas le mien.
Mes yeux bruns et mes cheveux sombres
ne m’appartiennent pas
ma peau mate
est celle d’un autre.
Le sang qui coule en moi
vient d’une famille divisée
ne cherche pas l’Orient
dans mes bras varsoviens.
Tout est faux
j’écris tout le français
que je ne suis pas
je porte toute une littérature
qui ne traverse aucune frontière.
Ne cherche pas l’orange azur
dans mes éternels hivers.
Je suis un faux
je suis un mensonge
une rature.
Ne cherche pas un poème
dans mes cahiers
cherche dans les marges
les brouillons et les déchets.
Je n’ai pas d’ancêtre
pas d’arbre où accrocher un portrait
qu’une généalogie grise et traître.
Je n’ai pas de grands-parents
qui me disent l’avenir et la vie
je n’ai pas de terminologie
juste un bouquet de chrysanthèmes
pour survivre dans la lignée
sans je suis et sans je t’aime.
Je suis un faux
je porte le corps d’un pays
en papier et poussières
ne cherche pas l’Asie
dans mes océans éphémères.
Je suis une erreur
quelqu’un qu’il faut soustraire
au grand cycle dérisoire
quelqu’un qu’il faut défaire
des nœuds de l’Histoire.
Je suis un faux
un raté
ne cherche pas l’Indienne
dans tout mon corps déserté.
EVELYNE VIJAYA, revue Les Cahiers de la rue Ventura. N°32. 2ème trimestre 2016. 9, rue Lino Ventura. 72300 Sablé-sur-Sarthe
16:08 | Lien permanent | Françoise
24.08.2016
Envoi n°264. Colette Elissalde "Le bec de gaz et le passant..."
Le bec de gaz et le passant
sont devenus poèmes
de fraîche date
s’amusant sur la place
à la marelle des lumières
la musique danse
sur les bords de la vasque
le carrousel
envoie les enfants dans les cieux
et les moineaux bien au-delà
Colette Elissalde Écorces du temps. Editions N &B. Poésie. 2013.
13:16 | Lien permanent | Françoise
17.08.2016
Envoi n°263. Colette Elissalde "La photo ridée..."
La photo ridée
dans ma main
ouvrait sur l’inconnu
des décennies
grands jours de soleil
ombre froide des sapins
sous la fenêtre à l’ancienne
rideaux bonne femme
carreaux de Vichy
nous sommes là
en tablier d’autrefois
culottes courtes
au seuil de la vie
au travers de la vitre
un chat a bondi
éclair sur le passé
Colette Elissalde Ciel intime. Librairie-Galerie Racine, Paris, 2014.
20:13 | Lien permanent | Françoise
