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29.05.2019

ENVOI n°391. NIMROD "Ciels errants"

Ciels errants

               A Denise Moran, i.m.

II

J’ai aimé ma mère j’ai embrassé son destin

Comme un fils comme un mendiant

Qui priait en secret les dieux d’allonger

Ses jours à proportion des miens. Je l’aime

Comme un exilé saisi par la douleur d’espérer

Les vœux qu’on remise à peine nés

Au fond  d’un cœur taillé pour le bonheur.

Au sort, ma mère présentait des comptes

Sans envier personne ni même la lune

Ni même le soleil     elle qui était

Courageuse sans être mère courage.

Je pleurais en la voyant si sereine

Moi que tourmentaient les pressentiments

En cette zone de l’être où naît un cœur de poète

 

NIMROD Sur les berges du Chari, district nord de la beauté, éditions Bruno Doucey, 2016 in 120 nuances d’Afrique, 3. Sahéliennes, p.55. Anthologie établie par Bruno Doucey, Nimrod et Christian Poslaniec. Editions Bruno Doucey, 2017.

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22.05.2019

Envoi n°390. NIMROD "Le soleil à mort"

 

Le soleil à mort

 

1.

ma douleur est bien sage

le temps

rebondit sur le cyprès

et le tombeau

 

ils répondent aux murmures

des anges

 

ma douleur ne sera jamais sage

 

le soleil brille

 

indifférent à mon cœur

qui l’aime et qui pleure

 

 

2.

 

l’azur a ses fidélités

 

l’œil s’en remplit à ras bord

 

Magritte l’attendrit

avec un bleu zéphyrien

mais autour de moi

personne ne le voit

 

sa leçon n’a pas été apprise

 

son école n’a pas été fondée

 

 

 

3.

 

mes os auront chaud

dans la fosse

 

amer savoir de celui qui regarde

et la tombe et la croix

près du cyprès

 

dieu me navre

 

l’azur aussi

 

pitié pour mon âme

qui les implore

 

 

NIMROD,  in ARPA, Revue de Poésie, N°119, juin 2017, pp. 8 -10.    

    

     Poète tchadien né en 1959, professeur de philosophie à l’Université de Picardie. Publications en 2017 : « L’enfant n’est pas mort », roman consacré à la poétesse sud-africaine Ingrid Jonker (éditions Bruno Doucey).

     Dans la collection Poésie/Gallimard : « J’aurais un royaume en bois flottés », anthologie personnelle.

     Co-auteur de « 120 nuances d’Afrique », anthologie des poésies d’Afrique (éditions Bruno Doucey).

 

 

 

 

 

 

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15.05.2019

Envoi n°389. Roberto Juarroz : "Les mots sont de petits leviers..."

114

 

Les mots sont de petits leviers,

mais nous n’avons pas trouvé encore leur point d’appui.

 

Nous les appuyons les uns sur les autres

et l’édifice s’écroule.

Nous les appuyons sur la face de la pensée

et son masque les dévore.

Nous les appuyons sur le fleuve de l’amour

et ils partent avec le fleuve.

 

Et nous continuons de rechercher leur somme

en un seul levier,

mais sans savoir

ce que nous voulons soulever,

si c’est la vie ou la mort,

si c’est le fait même de parler

ou le cercle fermé d’être hommes.    (IV,  46)

 

Roberto Juarroz Poésie verticale, p.138. Traduit de l’espagnol

et préfacé par Roger Munier. Editions Fayard. Collection

Documents spirituels. 2019.

 

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