08.02.2012
Envoi n°48. Max Alhau. Vraisemblance du feu.
Vraisemblance du feu.
Le corps
est toujours
la somme de ses absences
de ses rêves foudroyés
l'autre qui attend
ailleurs
sait-il où commencent
ses pouvoirs ?
Est-ce la blancheur absolue
qui préfigure
ce que sera
la parole à venir
mais dite ailleurs
continue
dans un autre espace
ce qui s'étire
se retire
et monte
du bas de la page
tard venue
à la mémoire ?
On avance
jusqu'à l'extrême
bord
là où
commence le centre
s'annule la périphérie
Soudain le feu monte
qui détruit
l'emplacement visible
autrefois.
Chaque corps
peuple
le peu d'espace
qui lui suffit.
Les mots et le temps
élaborent le même destin
c'est-à-dire
l'exacte fin
de ce qui est.
-
Qui peut distraire
le caillou
de son immobilité
sinon ce qui le nomme ?
Tout commence ou continue
- la fable ou l'exil -
le visage remonte
au gré des mots
l'apparence
devient réalité
le temps s'éloigne
ou s'éternise
à la mesure du désir
puis c'est la plongée
dans d'autres nuits
ou d'autres jours.
On ne sait
si on ne dure pas plus
qu'il n'est nécessaire
par crainte de déserter
toute certitude
On ne devance même pas sa perte.
Dans la succession
du temps
dans l'anonymat des foules éphémères
le désordre des mots
ou leur calme apparence
signifie peut-être
l'impouvoir
à évincer
ce qui est par avance condamné
mais essentiel
pour favoriser l'illusion
d'un corps enfin venu
à sa propre rencontre
et prenant la place de dieux
maintenant disparus.
Max Alhau Extraits de Vraisemblance du feu. in Poètes de SUD. Éditions Rijois.1978.
- SUD est la revue fondée à Marseille en 1970 par Jean Malrieu.
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