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28.03.2012

Envoi n°55. Pierre-Albert Jourdan. Rôdeurs.

                 Rôdeurs.

 

Bêtes autour de moi, insaisissables, j'aime

ce défaut de parole,

la pose tranquille de vos regards

sur nos visages ravagés.

Qu'offrir ? Cette tendresse hâtive ?

le pain émietté sur la neige ?...

La main et l'âme souffrent en silence.

 

Ces minces ruisseaux se rejoignent-ils ?

Peut-être le savez-vous emportant

quelle image, quels lambeaux de nous-mêmes ?

La peur sera-t-elle un jour vaincue ?

 

Sur les ténèbres un pelage roux

allié à la douceur bleue

apaise un monde dans les sentes oubliées.

 

 

Pierre-Albert Jourdan Vingt-quatre poèmesin Pierre-Albert Jourdan. Hommages, études et poèmes. Thierry Bouchard, Imprimeur Éditeur. 1984.

16:30 | Lien permanent | Françoise

21.03.2012

Envoi n°54. Jules Supervielle. "Le monde est plein de voix..."

        
           Le monde est plein de voix qui perdirent visage

Et tournent nuit et jour pour en demander un.

Je leur dis : « Parlez-moi de façon familière

Car c'est moi le moins sûr de la grande assemblée.

            – N'allez pas comparer notre sort et le vôtre »,

           Me répond une voix, « je m'appelais un tel,

           Je ne sais plus mon nom, je n'ai plus de cervelle

           Et ne puis disposer que de celle des autres.

           Laissez-moi m'appuyer un peu sur vos pensées.

           C'est beaucoup d'approcher une oreille vivante

           Pour quelqu'un comme moi qui ne suis presque plus.

           Croyez ce que j'en dis, je ne suis plus qu'un mort,

           Je veux dire quelqu'un qui pèse ses paroles. »

 

      Jules Supervielle Les Amis inconnusÉditions Gallimard. in  Anthologie de la poésie française, de Suzanne Julliard.  Éditions de Fallois. 2003. page 1002.

 

11:46 | Lien permanent | Françoise

14.03.2012

Envoi n°53. Gaston Puel. "Parfois les dieux jaloux..."


Parfois les dieux jaloux

Soudain avares de poésie,

Abandonnent les poètes,

Les privent de levain,

Leur retirant la grâce des mots,

Du cœur aimant des mots

Où perdure la chaleur des étreintes.

 

Les poètes se glissaient dans les choses,

Dans la transparence des choses ;

Ils leurs donnaient la parole

Depuis les plus lointains replis du temps.

 

Ainsi marmonnaient les poètes comblés

Qui, sans esprit de lucre,

Abordaient les berges d'enfance,

Mêlant le laurier aux herbes des eaux.

 

 

Herbier de compassion,

J'ouvre tes pages rouillées,

Dans le désordre des ronciers

Dorment des graines dans la mousse.

Le vent qui titubait se dresse,

Dans le ciel des ailes s'ouvrent

Le sens s'éveille, le mal est nu,

 

Le sacré est de retour.

 

Gaston Puel Carnet de Veilhes, IV. Éditions L'Arrière-Pays. 2001.


  •  Gaston Puel dans "Vous prendrez bien un petit poème?" :

envoi n°4 "Le rouge-gorge" ; envoi  n°5 "Frères immobiles" ; envoi n°53 "Parfois les dieux..." ; le Courriers des lecteurs numéro 9, du 6 novembre 2011 & le Courrier des lecteurs numéro 12, du 6 février 2012.

 

 

 

12:02 | Lien permanent | Françoise