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25.04.2012

Envoi n°59. Ossip Mandelstam. "Je ne sais..."


Je ne sais s'il y a bien longtemps

Qu'on chante cette rengaine :

Sourdine aux feutres du voleur,

Au bourdon du roi des moustiques...

 

Je voudrais pour ne rien dire

Parler encore une fois,

chuinter comme une allumette,

Houspiller la nuit, l'éveiller,

 

Soulever le bonnet de l'air

Suffoquant comme une javelle

Secouer et vider le sac

Bourré de grains de cumin,

 

Pour que le lien de sang rosé,

Carillon de ces herbes sèches,

Lien dérobé, soit retrouvé :

Outre-siècle, outre-fenil et rêve.

 

1922.

 

 

Ossip Mandelstam Poèmes (1921-1925) in Simple Promesse Choix de poèmes

1908-1937, traduits par Philippe Jaccottet, Louis Martinez, Jean-Claude

Schneider. Éditions La Dogana. 2011.

 

 

 

17:32 | Lien permanent | Françoise

19.04.2012

Envoi n°58. Ossip Mandelstam. "Le poirier a tiré sur moi, le merisier,..."

 

 



 

Le poirier a tiré sur moi, le merisier,

 

De leur force friable, sans jamais me rater.

 

 

 

Les grappes et les étoiles, les étoiles et le feuillage,

 

Dans quelle floraison le vrai ? Quel est ce pouvoir en partage ?

 

 

 

Que ce soit aile ou fleur – blancheur d'air, cela frappe

 

Contre l'air, assommé par la massue des grappes.

 

 

 

Et de ce parfum double la farouche suavité

 

Bataille, se prolonge, mélangée, fragmentée.

 

 

 

 Ossip Mandelstam  Sobranie SotchineniyD'une lyre à cinq cordes. Traductions de Philippe Jaccottet 1946-1995 NRF. Gallimard. 1996.

 

  •    Ossip Mandelstam dans «Vous prendrez bien un petit poème?» :

envoi n° 57 "Prends dans mes paumes...", envoi n° 58 " Le poirier a tiré sur moi...", envoi n° 59 "Je ne sais...", envoi n°60 "Fragments de poèmes détruits" & le  Courrier des lecteurs n°13,  du 6 mars 2012. 

 

 

 

 

00:08 | Lien permanent | Françoise

11.04.2012

Envoi n°57. Ossip Mandelstam."Prends dans mes paumes, pour ta joie,."..


Prends dans mes paumes, pour ta joie,

Un peu de soleil et un peu de miel,

Les abeilles de Perséphone nous l’enjoignent.

 

On ne peut détacher la barque non amarrée,

Ni entendre l'ombre chaussée de fourrure,

Ni vaincre, dans la vie épaisse, la peur.

 

Il ne nous reste plus que ces baisers

Velus comme les petites abeilles

Qui meurent à la porte de la ruche.

 

Elles bruissent dans les fourrés limpides de la nuit,

Leur patrie est l'épaisse forêt du Taygète,

Leur aliment : le temps, la bourrache et la menthe.

 

Prends pour ta joie mon sauvage présent,

Ce pauvre collier sec d'abeilles mortes

Qui ont transformé le miel en soleil.

 


 Ossip Mandelstam  Tristia, Berlin, 1922. in D'une lyre à cinq cordes. Traductions & notice de Philippe Jaccottet. 1946-1995. NRF. Gallimard.1996.

  • A propos de l'envoi n°57 «Prends dans mes paumes, pour ta joie,...» :

 "(...) A l'automne 1920, Mandelstam, par l'intermédiaire de son ami et collègue Nikolaï Goumiliov, fait la connaissance d'une actrice du théâtre Alexandra, la belle Olga Arbenina, dont il s'éprend aveuglément. Pour elle, il écrit quelques poèmes qui comptent parmi les plus beaux de la poésie russe. Le poème «Prends pour ta joie», nourri d'images antiques, a recours à l'analogie entre le poète et l'abeille, la poésie et le miel, exposée par Platon dans l'Ion. Les abeilles étaient l'un des attributs de Perséphone, épouse d'Hadès et déesse des Enfers. Le don de la poésie, selon le mythe, est étroitement lié à la mort. Mandelstam, en ces jours de famine et de froid, parle de peur et de mort – mais aussi de baisers, de soleil et de poésie.(…)"

 Ralph Dutli Mandelstam, mon temps, mon fauve. une biographie. (Chapitre 11. Dans la nuit soviétique, je prierai.) Pages 215-216. Éditions Le bruit du temps/La Dogana. 2012.

15:56 | Lien permanent | Françoise