11.04.2012
Envoi n°57. Ossip Mandelstam."Prends dans mes paumes, pour ta joie,."..
Prends dans mes paumes, pour ta joie,
Un peu de soleil et un peu de miel,
Les abeilles de Perséphone nous l’enjoignent.
On ne peut détacher la barque non amarrée,
Ni entendre l'ombre chaussée de fourrure,
Ni vaincre, dans la vie épaisse, la peur.
Il ne nous reste plus que ces baisers
Velus comme les petites abeilles
Qui meurent à la porte de la ruche.
Elles bruissent dans les fourrés limpides de la nuit,
Leur patrie est l'épaisse forêt du Taygète,
Leur aliment : le temps, la bourrache et la menthe.
Prends pour ta joie mon sauvage présent,
Ce pauvre collier sec d'abeilles mortes
Qui ont transformé le miel en soleil.
Ossip Mandelstam Tristia, Berlin, 1922. in D'une lyre à cinq cordes. Traductions & notice de Philippe Jaccottet. 1946-1995. NRF. Gallimard.1996.
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A propos de l'envoi n°57 «Prends dans mes paumes, pour ta joie,...» :
"(...) A l'automne 1920, Mandelstam, par l'intermédiaire de son ami et collègue Nikolaï Goumiliov, fait la connaissance d'une actrice du théâtre Alexandra, la belle Olga Arbenina, dont il s'éprend aveuglément. Pour elle, il écrit quelques poèmes qui comptent parmi les plus beaux de la poésie russe. Le poème «Prends pour ta joie», nourri d'images antiques, a recours à l'analogie entre le poète et l'abeille, la poésie et le miel, exposée par Platon dans l'Ion. Les abeilles étaient l'un des attributs de Perséphone, épouse d'Hadès et déesse des Enfers. Le don de la poésie, selon le mythe, est étroitement lié à la mort. Mandelstam, en ces jours de famine et de froid, parle de peur et de mort – mais aussi de baisers, de soleil et de poésie.(…)"
Ralph Dutli Mandelstam, mon temps, mon fauve. une biographie. (Chapitre 11. Dans la nuit soviétique, je prierai.) Pages 215-216. Éditions Le bruit du temps/La Dogana. 2012.
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