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04.01.2012

Envoi n°43. Didier Jourdren. Notes d'hiver.


A la fin de l'automne, tôt le matin, on entend le rouge-gorge. Son chant est si bref et si léger qu'on ne le remarque pas. Il faut tendre l'oreille, de sorte que parler de chant convient à peine : quelques notes seulement, vite interrompues, puis reprises souvent, un peu plus tard. L'oiseau les lance tout au long du jour, mais surtout à l'aube, et le soir, perché à mi-hauteur, ici, puis ailleurs, immobile, invisible presque toujours, jusqu'à la nuit.

Je n'avais jamais fait attention à cette voix très discrète jusqu'à ce matin de l'autre hiver, où j'ai été frappé plusieurs fois par quelques notes très pures, que je n'ai pas tout de suite reconnues. Je n' y ai pas accordé plus d'importance. Au début de cet hiver, je les ai entendues à nouveau, un peu plus touché cette fois, et de plus en plus à mesure que je les entendais, au point de me surprendre à les attendre toujours un peu plus chaque jour. Peu à peu, sans m'en rendre compte, presque chaque matin, j'ai guetté le chant bref, je l'ai écouté, délaissant pour un temps tout autre chose. Peu à peu aussi, de façon toujours aussi peu déterminée, j'ai tenté de dire ce qui avait eu lieu. (...)                                                                                  

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Écouter, accueillir. Non seulement tendre l'oreille, mais donner place, en s'effaçant, en abritant, en laissant habiter. Se livrer à ce qui vient, qui est plus que les notes pures, en consentant à perdre tout repère, en se laissant conduire par un élan que l'on ne comprend pas.

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L'humble compagnon, tout proche de la terre, le maître très discret, le frère menacé n'est jamais loin.                                                                                                              

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Les appels discrets à l'aube : humbles rappels à l'ordre. Pour se redresser, être un peu plus présent, accepter d'être touché, interrogé. Quelques notes tracent la voie pour tout le jour. Il ne s'agit pas de s'y attacher, de s'y enfermer : elles ouvrent la porte, remettent au monde.                                                                                                               

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Petit maître qui enseigne à écouter. (…)                                                                  

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Cascade légère du chant, aussitôt interrompue.(...)                                                  

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Souvent j'éprouve l'impression d' être conduit au bord, sur une lisière tremblante, transparente. Le chant intermittent là-bas m'appelle, m'emporte. La voix descend légèrement et s'arrête, suspendue, ouverte, invitant à avancer, à se livrer à l'espace vacant, de l'autre côté, reprend tout au bord, s'élève à nouveau, ici, à présent, passage franchi un instant, tout au bout, dans le vertige.

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Petite passerelle vers le silence. Je l'écoute autant que les notes. Ce n'est pas un vide entre celles-ci, mais une composante du chant, aussi émouvante. Peut-être s'agit-il en réalité d'écouter le silence, d'aller vers lui ? Dans les intervalles, il devient chant. Quelque chose demeure, suspendu, respire, frémit, une vibration particulière qui appartient aussi au chant.(...)

Comment dire cela ? Le rouge-gorge donne à entendre l'espace du chant qui habite chaque être, ce qu'on n'écoute presque jamais, par distraction, précipitation, indifférence, que l'on ignore, et qui pourtant est le plus vrai.                                                                      

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Didier Jourdren Notes d'hiver. Éditions Multiples «Les Cahiers» n°1. 2011.

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