16.05.2012
Envoi n°62. Pierre Dhainaut. A ce qui nous devance, dit le poème...
(…)
Ouvrir la porte, ouvrir les bras,
sur le seuil tu identifies
les vents complices, les oiseaux,
s'ils s'envolent, ne s'effarouchent pas :
ils se dispersent, ils t'orientent,
tu apprendras la langue de l'espace
dans le soulèvement des ailes
sans t'effrayer s'ils se dérobent à la vue.
Inerte, épaisse, tu vas beaucoup trop vite,
au lieu de juger cette flaque
incline-toi vers elle,
les doigts qui la frôlent, timides,
intrépides, réveilleront les ondes,
les ondes s'élargissent :
le miroir remercie l'âme fraîche,
sans images, sans rives.
Bien sûr, ce n'est pas la neige
qui tombe des arbres, qui recouvre l'humus,
au Bois des dunes, au début de l'été,
mais en prononçant « neige », à peine
desserres-tu les lèvres, tu ressuscites
tous les hivers d'enfance :
sans limites, le présent,
flocons, pétales, tu trouveras demain
suffisamment d'air en toi-même
pour les disséminer,
jusqu'où ils iront, tu iras.
Aucun orme, aucun frêne,
pourtant tu verras mieux la route
si tu dis « l'orme », « le frêne »,
as-tu besoin de nombreuses syllabes
au royaume des souffles
partout comme en toute saison ?
« pierre » aussi patiemment
t'enseignerait la bienvenue.
(…)
Tu te souviens de « vulnéraire »,
mais ce qu'il signifie, tu te demandes
où tu l'as lu, et quand, le son répondra,
il restituera le sens si tu l'écoutes
avec plus de tendresse,
alors tu embrasses les paumes, tu calmes,
entre deux strophes, un vide, une blessure :
le baume, la fleur, quand nous désespérions
un vocable espérait pour nous.
(...)
Pierre Dhainaut A ce qui nous devance, dit le poème... in Vocation de l'esquisse. Encres d'Isabelle Raviolo. Editions La Dame d'Onze heures. 2011. pages 11, 12,16.
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Pierre Dhainaut dans « Vous prendrez bien un petit poème? » :
envoi n°18 Un chemin d'arbres, envoi n°19 Le Bienvenu in Plus loin dans l'inachevé. Editions Arfuyen. 2010 ; envoi n°61 Avec «Joie» nous dirions «Ressac» in Vocation de l'esquisse.
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