20.08.2014
Envoi n°169. Edouard Glissant "Versets"
VERSETS
1
Qui voit la mort, il ne sait pas les poivriers sertissant
d'or
Ce haut livre de cimes où prend le fleuve son étal, ni
ô mystère
Sur le sable les coqs, dormeurs inattendus.
C'est le sable d'azur semé de sable noir, c'était la
larme
Qu'hier nous enterrions sur le rivage, près des voiles
mortes.
Et les gommiers, rêves du vent, de voiles vives,
Ornent à peine la plaie muette des rochers ! C'est
tout là-haut
La solitude, puis un mouton que l'on égorge pour la fête,
Tissant la lie de cette mort, quand vient le jour.
(...)
6
Je vois ce pays n'être imaginaire qu'à force de souffrance,
Et qu'au contraire très réel il est souffrance d'avant la joie,
Écumes ! - à peine là, qui s'effarouche et meurt.
Comme on voit :
« Sur les graviers, émerveillé de salaisons
Un peuple marche dans l'orage de son nom !
Et des lucioles l'accompagnent. »
Édouard Glissant La terre inquiète in Anthologie de la poésie française du XXème siècle **. Nrf Poésie/Gallimard. 2011. (1ère édition 2000).
17:10 | Lien permanent | Françoise

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