25.02.2015
Envoi n°195. Pierre Dhainaut "Nous étions seuls, de trop, ..."
À Mathieu Hilfiger
Nous étions seuls, de trop, dans nos miroirs : le visage,
nous l'offrons à l'inconnu qui nous précède
par vagues infaillibles, la nuit a libéré l'espace
où se multiplient les oiseaux, tous portent
des noms de vents. Tenir parole, ce que cela veut dire,
nous le devinerons en évitant de les effaroucher,
en permettant aux pas sur le sable intact
de ne pas savoir quel horizon les recevra,
quelle mémoire en gardera la trace, comme nous y invite
la voix donnée par l'aube, juste le temps
que nous n'ayons plus peur, que s'avance en la nôtre
une autre haleine.
Pierre Dhainaut La nuit du plus offrant in Pierre Dhainaut & Mathieu Hilfiger De jour comme de nuit. Un entretien précédé de deux poèmes. Éditions Le Bateau Fantôme. 2014.
* Pierre Dhainaut dans « Vous prendrez bien un petit poème ? » : envoi n°18 Un chemin d'arbres, envoi n°19 Le Bienvenu in Plus loin dans l'inachevé. Éditions Arfuyen. 2010 ; envoi n°61 Avec «Joie» nous dirions «Ressac», envoi n°62 A ce qui nous devance, dit le poème... in Vocation de l'esquisse. Encres d'Isabelle Raviolo. Éditions La Dame d'Onze heures. 2011 ; envoi n°193 A l'enfant des poèmes in Thauma Couleurs, Lumière Revue de philosophie et de poésie numéro 11. La Compagnie des Argonautes ; Courrier des lecteurs numéros 10, 33, 34 : citations en exergue & clôture de Pluriel d'Alliance. Éditions L'Arrière-Pays. 2005.
15:31 | Lien permanent | Françoise
18.02.2015
Envoi n°194. Poèmes Chan (Nouvel An)
Pour réclamer un chat
Chez vous est né un chat à la tête de tigre,
Vous me l'avez promis, ne changez pas d'idée.
Ma demeure est trop froide pour les souris voleuses,
Je ne veux que le voir grimper en haut des arbres.
Xutang Zhiyu (1185-1269)
La demeure dans les nuages
Soit légers, soit épais, ils répandent la pluie,
Ils s'étendent ou s'enroulent, marchant avec le vent.
Les malheureux, leur route ne connaît pas de halte,
Je leur ouvre ma porte tout au long de la nuit.
Gaofeng Miaoyuan (1238-1295)
Le vieux prunus
Cet arbre moussu est trop vieux pour le printemps,
Qui croirait qu'il dégage un parfum de prunus ?
La neige ne tombe plus, la forêt est sans lune,
Ma lampe est son du cor qui annonce le soir.
Xutang Zhiyu (1185-1269)
La grenade
Il existe une langue* qui pousse près des rocs,
Pour fleurir et mûrir, elle n'a besoin d’apprêts.
Le ventre plein d'écrits aussi beaux qu'ignorés,
Attendez qu'ils soient rouges pour que s'ouvre la bouche.
Guyuandao (dates inconnues)
* Langue : allusion à la devinette que tous les enfants chinois connaissent : qui est cette demoiselle en rouge qui vit enfermée dans une muraille de pierres blanches ? Réponse : la langue. (NOTES)
« POÈMES CHAN », Traduction & préface de Jacques Pimpaneau.* Éditions Philippe Picquier, 2005.
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Les poèmes traduits ici ont été écrits par des bonzes ou moines bouddhistes, qui vécurent entre le VI° et le XVIII° siècle et qui appartenaient à l'école chan (zen en japonais).(...)Le chan est une voie bouddhique parmi d'autres. Il vise l'illumination soudaine ou progressive ; les deux écoles existent. A la différence des autres écoles, il ne passe pas par le raisonnement ou la dévotion, mais par la méditation. Celle-ci permet de rester conscient sans être conscient de quelque chose.(...)
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Elle ( cette petite anthologie) veut simplement faire connaître une poésie qui est seule capable de manifester un certain regard sur le monde, une certaine tentation pour l'esprit.(...)
19:55 | Lien permanent | Françoise
11.02.2015
Envoi n°193. Pierre Dhainaut "A l'enfant des poèmes."
A L'ENFANT DES POÈMES
« Reviens «, s'est-il surpris à dire à mi-voix
vers le soir à la façon d'un enfant qui appelle à l'aide,
mais la prière des enfants est infaillible,
lui ne sait pas même à qui s'adresser. Très loin,
il n'aperçoit qu'une silhouette indécise, et qu'il se hâte,
qu'il traque en ce qui reste de mémoire
un nom où s'enchante un visage, il garde les yeux secs,
les lèvres rêches. Hors de portée, interdit, le jardin.
Les plus hauts murs pourtant sont franchis par des branches
de lilas, de glycine. «Reviens «, dit-il encore,
sans préférence il se revoit ramassant des pétales,
se redressant vers les nuages, du soleil à l'ombre,
de l'ombre au soleil, dans les allées interminables.
« Ce ne peut être à moi seul que je parle. » Secrètement,
quand sa vue baisse, que son langage se réduit,
la confiance est innée, qui nous dirige : l'entrée,
la brèche, il repousse les ronces, il accepte en larmes
la main qui l'invite. L'enfant n'a pas vieilli,
à qui il disait « tu «. Il n'ajoutera aucun mot,
ceux qu'il n'a pas su dire, le poème les souffle,
il est passé sous l'arc-en-ciel.
Pierre Dhainaut inThauma Couleurs, Lumière Revue de philosophie et de poésie numéro 11.
La Compagnie des Argonautes.
21:16 | Lien permanent | Françoise
