20.01.2016
Envoi n°237. Christian Bobin "Le manque est la lumière..."
Le manque est la lumière donnée à tous.
(p.13)
Comme mes frères les moineaux je travaille
paisiblement à l’effondrement des banques et
des maisons de retraite.
(p.16)
Des moineaux picorent les mots qui tombent sur le
sol. Le balancement syncopé de leurs becs, semblable à
celui des rabbins face au Mur des lamentations.
La vie d’écriture, à quoi la comparer sinon à la rêverie
de l’oiseau qui, contemplant le ciel vide, oublie un instant
la faim qui ravage le minuscule labyrinthe de ses entrailles ?
(p.24)
A genoux dans l’herbe haute et cueillant les coucous,
je sens la main chaude de la pluie effacer toutes mes dettes
à la banque.
(p.28)
J’ai le même groupe sanguin que les abeilles, les renards
et la lune.
(p.33)
La route qui mène à cette maison dans la forêt est un
tapis usé – on en voit la trame. C’est la vieille campagne
française avec la lumière jetée à pleins seaux du printemps
sur toute sagesse – comme lorsque tu éclatais de rire
devant une vérité trop crue.
(p.38)
J’ai été une tache de soleil dans un sous-bois, jamais
si proche de tout connaître.
(p.44)
Christian Bobin NOIRECLAIRE nrf Gallimard. 2015
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