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28.01.2016

Envoi n°238. Christian Bobin."Lire me prend mes mains..."

     Lire prend mes mains, mon visage, mon temps, ma réserve d’espérance et change tout ça en silence, en bonne farine lumineuse de silence. 

(p.46)

     Quand une joie monte du papier blanc jusqu’à ma main, j’ai la certitude que personne n’est perdu.

(p. 49)

     Les moineaux vont sur terre par bonds. Ils dessinent dans l’air de minuscules monts Fuji.

     Quand un sage japonais sent sa mort venir il écrit un poème – une manière d’allumer une bougie dans la pièce d’où son âme s’apprête à sortir.

(p. 50)

     Le corps est le seul tombeau. Le mort est une enveloppe dont on a enlevé la lettre.

(p.53)

     Le citron à la peau vérolée comme le visage de Danton rafle toute la lumière. Des milliards d’atomes tournoient sous l’écorce jaune frottée de vert. J’entre par l’esprit dans leur ronde.

     Je suis le plus petit disciple, mes maîtres sont partout.

(p.57)

     Quand je lis un poème, c’est la mort des horloges.

(p.67)

     Les vivants s’appellent les uns les autres par leur prénom dans la nuit profonde. C’est ce qu’ils font de mieux avec le langage.

(p.69)

     J’épluchais une pomme rouge du jardin quand j’ai soudain compris que la vie ne m’offrirait jamais qu’une suite de problèmes merveilleusement insolubles. Avec cette pensée est entré dans mon cœur l’océan d’une paix profonde.

(P. 70)

     Chaque seconde perdue à regarder sans intention par la fenêtre retarde la fin du monde.

(p.74)

Christian Bobin NOIRECLAIRE nrf Gallimard. 2015

21:49 | Lien permanent | Françoise

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