17.02.2016
Envoi n°241. Henry Bauchau "L'harmonica & autres poèmes".
L’HARMONICA
Sur le seuil de la grange
le doux colporteur de l’enfance
ouvre son sac
éblouissant
LA NUIT
Pour ton ombre taciturne
tu dansais petite fille
lune blanche
à la fenêtre des étoiles
TEMPS NATAL
En suivant tes veines bleues
dormant dans tes nids d’oiseaux
j’ai retrouvé les nœuds de l’ancienne matière
et ses points très légers
sur les murs
les murs blancs
de la Chine intérieure
TOUTE LA NUIT
Toute la nuit je me tourne vers le matin
et dès le jour j’entends le temps siffler ses chiens
qui m’entraînent en bondissant, quand les montagnes
brisent leurs chaînes dans le ciel et que la courbe
de la femme remet le monde en mouvement
NOUS NE SOMMES PAS SEPARES
Nous ne sommes pas séparés de la mort par la construction d’un tombeau
ni par un chant de pierres d’églises, ni par voie de contemplation
mais perdus, tout entiers perdus dans le grand paysage
avec ses arbres, ses champs et cette incompréhensible
lumière.
Sur le bord de la route où l’ombre est rare et l’amour
incertain
nous ne sommes pas séparés de la mort au milieu des buissons et des choses
communes.
Henry Bauchau La Fenêtre d’images in L’escalier bleu, poèmes. nrf Galimmard. 2012 (première édition 1964)
11:48 | Lien permanent | Françoise

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