10.08.2016
Envoi n°262. Gustave Roud "L'amour de la fraîcheur..."
L’amour de la fraîcheur s’accorde assez bien avec une cruauté prompte à découvrir le plus léger indice de décrépitude. Au rebours de tant d’hommes qui attendent la mort des feuillages, les accords brutaux qu’elle fait résonner sous le ciel d’octobre, pour lui rendre éclat pour éclat (les doigts, la bouche pleins d’or, de cuivre, de sang, de pourpre, de gloire – au total une fanfare facile et fausse…), la première feuille ternie nous guide vers un silence chargé de remords. Déjà ! Chaque jour le vent va donc perdre un peu de sa voix, feuille à feuille ! Un mois, deux mois encore, et il ne sera plus qu’un sifflement stérile à travers les branches nues ? Ah, n’avoir pas fait silence tout l’été pour surprendre son chant infatigable, et ce qu’il disait sans relâche, nuit et jour, d’un bout à l’autre du monde, bondissant du fond de l’horizon parmi les vergers et les forêts, pliant d’un seul coup les cimes et leur poids de feuilles fraîches ! Trop tard, trop tard. Le secret n’est pas dit, qui eût cédé peut-être à un peu plus d’humilité et d’abandon. Voici voleter à nos pieds une petite chose sans forces, jaune comme un soleil de cinq heures, terrible : la première feuille morte.
Gustave Roud Ecrit à Carrouge. Editions Fata Morgana. 2011.
Gustave Roud dans « Vous prendrez bien un (petit) poème ? » : envoi n°31 « Palinodie » ; envoi n°32 : « Présence » ; envoi n°95 : « Etoile » ; envoi n°96 « Bouvreuil » ; envoi n°261 « L’enclave ».
http://vousprendrezbienunpetitpoeme.hautetfort.com/
20:09 | Lien permanent | Françoise

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