19.10.2016
Envoi n°272. Dominique Zinenberg "J'ai aperçu."
J’ai aperçu
J’ai aperçu la lampe et ne l’ai plus quittée. Elle m’a emprisonnée dans sa toile serrée. Tout s’étoile de mots qui couvent dans des caves – cales-épaves de mon esprit que hantent des douleurs et des refrains d’amour ; des pages dans lesquelles des mots sautaient soudain comme des puces sur mon ventre, éblouissant le monde de leur beauté féconde. Je fais appel aux mots connus et inconnus qui sont comme un jardin de curé plein d’arômes. Ils sont lampe et sentes ; ils sont gangues et fêlures, hétéroclite engeance au prisme discordant. Dans l’urgence, un vocable est prêt à m’étourdir : le goût d’un mot sur mes lèvres est baiser : je palpe un peu démente son contact puissant comme s’il était seul à faire jaillir des mondes. Quand la lampe délire, elle épouse mon âme et me pousse à crier ma ferveur d’écrire. Mais la sente est semblable à un halo lointain, inextricable sente, étroite et illusoire : le risque de s’y perdre est à peine un souci, songe-creux où l’ornière est la sente elle-même ! J’ai beau l’abandonner parfois jusqu’au crachat, elle est celle qui est dans la peur et l’amour. La lampe est mon recours et ma voie sans issue : guide aveugle éclairant ma nuit étrangement.
Dominique Zinenberg Les Feuillet d’obsidienne Editions du Cygne. 2015
18:12 | Lien permanent | Françoise

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