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26.10.2016

Envoi n°273. Dominique Zinenberg "Ni or du soir ni voiles au loin".

 

 

Ni or du soir ni voiles au loin

 

Ni or du soir,  ni voiles au loin

pas même un écho de bruyère et de mousse

accrochant l’horizon.

 

Les genêts et les vagues traversent le chagrin

comme une ancienne procession avec bannières et

coiffes

de villages.

 

Ni voiles d’or dans le soir, ni au loin les vitraux du

temps.

 

Pas même un frémissement d’autrefois

pas même ton grain de voix, de peau

dans l’air et le nuage.

 

Une force de vie

que le rêve empourpre encore

une force qui martèle ton nom

ton nom, gong perdu dans la terre-hortensia

aux veines océanes.

 

Ni or du soir, ni voiles au loin,

Rien.

 

Dominique Zinenberg Les Feuillets d’obsidienne. Editions du Cygne. 2015.

 

(Dominique Zinenberg dans « Vous prendrez bien un poème ? » : envoi n°272 « J’ai aperçu »)

 

17:13 | Lien permanent | Françoise

19.10.2016

Envoi n°272. Dominique Zinenberg "J'ai aperçu."

J’ai aperçu

 

J’ai aperçu la lampe et ne l’ai plus quittée. Elle m’a emprisonnée dans sa toile serrée. Tout s’étoile de mots qui couvent dans des caves – cales-épaves de mon esprit que hantent des douleurs et des refrains d’amour ; des pages dans lesquelles des mots  sautaient soudain comme des puces sur mon ventre, éblouissant le monde de leur beauté féconde. Je fais appel aux mots connus et inconnus qui sont comme un jardin de curé plein d’arômes. Ils sont lampe et sentes ; ils sont gangues et fêlures, hétéroclite engeance au prisme discordant. Dans l’urgence, un vocable est prêt à m’étourdir : le goût d’un mot sur mes lèvres est baiser : je palpe un peu démente son contact puissant comme s’il était seul à faire jaillir des mondes. Quand la lampe délire, elle épouse mon âme et me pousse à crier ma ferveur d’écrire. Mais la sente est semblable à un halo lointain, inextricable sente, étroite et illusoire : le risque de s’y perdre est à peine un souci, songe-creux où l’ornière est la sente elle-même ! J’ai beau l’abandonner parfois jusqu’au crachat, elle est celle qui est dans la peur et l’amour. La lampe est mon recours et ma voie sans issue : guide aveugle éclairant ma nuit étrangement.

Dominique Zinenberg Les Feuillet d’obsidienne Editions du Cygne. 2015

18:12 | Lien permanent | Françoise

12.10.2016

Envoi n°271. Jean-Baptiste Pedini "Parfois il y a un bruit..."

 

Parfois il y a un bruit. L’aube vient et défait les attaches du ciel. Elle en libère l’ocre, l’irrévérence. Les mots comme des entailles sur les nuages. On les dit à voix basse. On y tient. Le matin sort les griffes.

(p.7)

(…)

C’est un soupir en surface ou un long sifflement. C’est l’or au pli des roches. C’est le peu de distance. On peut creuser plus loin, saisir un bout de ciel sur la calotte de l’attente. Un antidote au quotidien, cette lumière ocre que l’on prélève tel un sérum.

(p.16)

Jean-Baptiste Pedini  Le ciel déposé là.  Editions L’Arrière-Pays. 2016

18:15 | Lien permanent | Françoise